mercredi 27 juillet 2011

Opération Bizarre de la police Norvégienne

Voici un WeBPapiel issue de Mecanopolis

Attentats à Oslo : une bien étrange police (vidéo)

Article placé le 27 juil 2011, par Mecanopolis

Nous apprenons ce soir que la police norvégienne a dynamité en fin d’après-midi la totalité des explosifs qu’elle a retrouvé dans la ferme d’Anders Breivik Behring. Une bien étrange police, qui a également mis plus de 90 minutes à intervenir pour mettre fin au massacre sur l’île d’Utøya, dans des conditions pour le moins rocambolesques

Selon le site norvégien NRK, la police norvégienne a dynamité mardi en fin d’après-midi l’ensemble des charges explosives qu’elle a retrouvé dans la « ferme de culture biologique » nommée Geofarm, que dirigeait Anders Breivik Behring. Pourquoi, dans une affaire d’une telle ampleur, ne pas les avoir conservés comme pièces à conviction ?

La police norvégienne prétend que ces explosifs étaient issus d’engrais à base de nitrate d’ammonium. L’idée qu’ils auraient été détruits pour éviter un risque d’explosion ne tient pas la route un instant puisque que, d’une part, il faut le mélanger à un autre composant pour en faire un explosif, comme par exemple du fuel, et d’autre part parce qu’un des avantages du nitrate d’ammonium est qu’il est stable. Il faut un amorçage très puissant afin d’élever sa température à plus de 200°C et provoquer une explosion, comme du nitrométhane ou du TNT.

Par ailleurs, on ne commande pas de l’engrais composés de nitrate d’ammonium comme des petits pains. En France par exemple, c’est la DRIRE (Directions régionales de l’industrie, de la recherche et de l’environnement), sous l’autorité du préfet, qui est en charge de décider qui peut obtenir, et sous quelles conditions, ce type de produit. Comment se fait-il qu’une « ferme de culture biologique » puisse en commander 6 tonnes sans que cela ne semble contradictoire et ne puisse susciter, au minimum, un contrôle ?

L’île d’’d'Utøya

Vendredi 22 juillet, quand Anders Breivik Behring, vêtu d’un uniforme de policier commence à tirer sur l’île d’Utøya, où se trouvent 600 jeunes réunis pour le camp d’été du Parti travailliste, il est alors 17 heures.

Admettons que la moitié d’entre eux possèdent un téléphone portable, et que seulement un tiers de ceux-là pensent à appeler des secours – soit 100 personnes – comment se fait-il que le premier appel à la police n’ait été enregistré qu’à 17h26 ?

Les forces de sécurité arrivent en face de l’île vers 18h, en voiture, arguant qu’elles n’ont pu trouver un hélicoptère disponible. Pendant ce temps, la chaîne de télévision norvégienne NRK a, elle, réussi à louer un hélicoptère et filme le carnage qui se poursuit (voir notre vidéo ci-dessous). Nouveau contretemps pour la police : elle ne trouve pas de bateau. Et quand elle finit par en trouver un, il tombe en panne quelques mètres après avoir quitté le rivage…

Pendant ce temps, ce sont les vacanciers d’un camping voisin, qui ont entendu les coups de feu, qui effectuent des allers-retours pour repêcher les jeunes qui se sont jetés à l’eau alors que le tueur achève méthodiquement ceux qui tentent de fuir par tous les moyens. C’est finalement à 18h25 que les forces d’élite parviennent à débarquer sur Utoya. Deux minutes plus tard, Anders Behring Breivik se rend, sans opposer la moindre résistance.

Au final, il aura fallu plus de 90 minutes aux forces de l’ordre pour intervenir…

Comment le tueur est-il parvenu, seul, à tuer plus de quatre-vingt personnes ? De nombreuses questions demeurent sans réponse.

Anders Breivik Behring a utilisé des balles à fragmentation (qui se pulvérisent en dizaines de fragments au moment de l’impact), de sorte qu’il est impossible de savoir avec quelle arme elles ont été tirées.

Des témoins parlent de plusieurs tireurs sur l’île. Si c’était le cas ils auraient laissés des traces et il faudrait de nombreuses complicités au sein des forces de sécurité pour que l’information ne filtre pas. Eventuellement, quelques acolytes du tueur, embusqués sur un ou plusieurs bateaux, auraient pu participer au massacre, comme peuvent le laisser penser ces témoignages pour le moins troublants :

« Lorsque j’ai vu des bateaux arriver je n’étais pas sûre de pourvoir leur faire confiance. »

Propos de Lenita Jones, rapportés par NRK

« On nous tire dessus ici. Un homme qui est habillé en policier. Nous ne savons pas combien ils sont. Tous les membres de l’AUF sont dispersés pour se cacher. Love you. »

SMS envoyé par Emma Martinovic à ses parents à 17h53, rapporté par FVN

« Après avoir nagé pendant 10 minutes, nous étions à 500 mètres du rivage. Nous nous somme fait tirer dessus. Ce fut la panique complète. L’un de nous a été touché, j’ai vu du sang dans l’eau, mais je ne sais pas comment c’est arrivé. ».

Propos de Emma Martinovic rapportés par FVN

« Nous nous sommes cachés quand nous avons entendu des tirs provenant de différentes directions. »

Propos de Kaltenborn rapportés par NRK

Spencer Delane, pour Mecanopolis

Sur le même sujet, lire également :

De Gladio aux attentats d’Oslo : Terrorisme ou protection de l’Etat

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Le terrorisme d’Etat de Gladio et de la loge maçonnique P2 : L’Orchestre Noir (vidéo)

Le suspect des attentats d’Oslo serait un Franc-Maçon norvégien de 32 ans

No de billet: 092-11-70-72-1

jeudi 21 juillet 2011

DSK – Ca sent le complot à plein nez

Affaire DSK: possible affaire d'Etat

AFP

Mis en ligne le 21/07/2011

VIDEO "Si le gouvernement n'a rien à cacher, il n'y a pas de raison qu'il ne donne pas une suite favorable à une demande qui semble légitime dans une grande démocratie comme la France."

Le club DSK évoque "une possible affaire d'Etat" après les dernières révélations concernant un mail envoyé par le directeur de la gestion des risques du groupe Accor au sujet de l'affaire Dominique Strauss-Kahn.

"Ces dernières révélations (..) attestent d'une possible affaire d'Etat sur laquelle nous demandons des explications claires et précises au président de la République", écrit dans un communiqué le club DSK, lancé il y a un an pour "créer les conditions d'une alternative durable de la gauche autour de son meilleur candidat naturel".

"Les multiples connections surprenantes entre le groupe français Accor, propriétaire de la chaîne hôtelière Sofitel, et le cabinet du président de la République ainsi que des fonctionnaires de police sous l'égide de Claude Guéant interrogent les citoyens français", souligne le club DSK.

"Si le gouvernement n'a rien à cacher, il n'y a pas de raison qu'il ne donne pas une suite favorable à une demande qui semble légitime dans une grande démocratie comme la France", ajoute-t-il en qualifiant d'"étroits, répétés et particulièrement opaques" les liens entre le groupe Accor et l'Etat français dans le cadre de l'affaire DSK.

Un cadre d'Accor, Xavier Graff, fait l'objet d'une "procédure de sanction disciplinaire" après avoir envoyé un mail, daté du 24 juin, au colonel Thierry Bourret, patron de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et la santé publique (OCLAESP).

Dans ce mail, M. Graff écrit: "au Sofitel NY, nous avons réussi à +faire tomber+ DSK. Nous espérons que l'OCLAESP arrivera à faire tomber quelques cyclistes tricheurs cet été", selon Le Point qui publie un fac-similé du mail.

M. Graff était de permanence le 14 mai, jour de l'interpellation de Dominique Strauss-Kahn à New York, alors que des interrogations subsistent sur l'heure à laquelle l'Elysée aurait été prévenu de l'arrestation de l'ex directeur général du FMI.

Sur le même sujet:

Video: l'avocat de Tristane Banon à New York


Banon - DSK : Hollande dit ne pas être concerné par BFMTV

Video: Arrivée de François Hollande au bureau des enquêteurs

No de Billet : 772-11-70-12-1

jeudi 7 juillet 2011

Le complexe militaro-industriel mondial cause la faillite de la Grèce???

Voici la reproduction intégrale d’un billet diffusé sur Vigile.net et publié à l’origine ici


http://www.legrandsoir.info/l-endettement-de-la-grece-au-profit-des-industri (...)

L’endettement de la Grèce au profit des industries militaires

Oscar FORTIN
www.legrandsoir.info
jeudi 30 juin 2011


Qui eût pu penser qu’une des principales causes de l’endettement de la Grèce soit directement liée aux achats d’armes en provenance des industries militaires Étasuniennes, Allemandes et Françaises ? Dans un article, traduit de l’anglais à l’espagnol, l’auteur pose la question suivante : « quel est le pays de la Communauté européenne, actuellement en faillite, qui est le 4ième importateur d’armes au monde ? ».

Il y a dans cette affirmation de quoi surprendre bien du monde, d’autant plus que la Grèce n’est pas particulièrement impliquée dans les guerres qui sévissent dans le monde et sa sécurité n’est pas davantage menacée par ses voisins. Alors pourquoi ces achats d’armes à un moment où la crise économique menace ses politiques sociales en santé et en éducation et que l’emploi est en crise ? Déjà, nous savons que les budgets consentis à ces secteurs sont loin de ceux consentis par l’ensemble des pays de l’Union Européenne. La Grèce, avec un PIB per capitica, semblable à celui de l’Espagne, n’est pas un pays pauvre, mais sa richesse est distribuée inégalement, ne consacrant que 4% de son budget annuel à l’éducation.

De 2005 à 2008, la Grèce a doublé la valeur de ses emprunts pour payer des armes dont elle n’avait pas besoin. Selon une recherche conjointe de juges grecs et allemands, les vendeurs d’armes ont utilisés la corruption pour s’assurer la collaboration d’importants hommes politiques, de fonctionnaires et de chefs militaires. L’argent emprunté pour acheter ces armes vient des mêmes pays d’où proviennent les armes, soit les États-Unis, la France et l’Allemagne. De 2005 à 2008, les prêts consentis à la Grèce pour l’ensemble de ses obligations ont atteints la somme astronomique de 160 000 millions de dollars. Pour un pays de 11 millions d’habitants c’est peu dire.

Avec cet argent la Grèce a amplement de quoi payer la facture de 3000 millions de dollars en hélicoptères de combat français, 2000 millions de dollars en avions de combat étasuniens, plus ou moins le même montant pour les avions Mirage français et presque le triple en sous-marins allemands.

Ce ne sera qu’à partir de 2009 que la Grèce commencera à avoir des difficultés de paiement pour couvrir ses achats d’armes et ce sera à ce moment que l’Union Européenne se montrera préoccupée. D’ailleurs, c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le débat récent entre l’Allemagne et la Banque Centrale Européenne portant sur la meilleure manière d’aider la Grèce à honorer ses paiements sur la dette qui l’accable. Dans ces discussions on parle beaucoup plus de coupures dans les programmes sociaux que de ceux sur les armements. Pour 2011, le débat se poursuit et tout semble indiquer qu’une coupure de 6 500 millions euros sera votée dans le budget de crise, amputant d’autant le budget des divers programmes sociaux. La question des dépenses militaires ne semble pas faire partie du débat si ce n’est l’obligation de la Grèce d’honorer le paiement de sa dette en armement.

Comment, dans pareil contexte, ne pas voir un parallèle avec ce qui s’était passé en Argentine à la fin des années 1990 et 2000 ! Y a-t-il derrière un tel procédé une stratégie de l’endettement visant à prendre le contrôle de pays et même de peuples entiers ? Cette stratégie, bien assaisonnée par la corruption des principales têtes dirigeantes, ne permet-elle pas, tout à la fois, la prise de contrôle d’un État et les ressources nécessaires destinées à leurs propres industries ?

De quoi nous faire réfléchir et faire réfléchir le peuple canadien dont le gouvernement ne cesse d’augmenter ses dépenses militaires alors qu’il n’est menacé par aucun pays. Ne doit-il pas réviser, dès maintenant, sa politique d’armements et de dépenses militaires et se concentrer sur les politiques de développement économique et social ? Il n’appartient pas aux canadiens de financer les industries militaires étasuniennes pas plus que les guerres menées dans le cadre d’intérêts qui nous sont étrangers. Le peuple canadien n’a pas d’ambition impériale et il faut souhaiter que ses dirigeants en sont conscients.

***

Oscar Fortin

Québec, le 28 juin 2011

http://www.rebelion.org/noticia.php...

http://www.spectrezine.org/

http://www.economieetsociete.com/Un-documentaire-sur-la-cris...

No de billet: 00662-11-70-60-1

mardi 7 juin 2011

Un fait de plus pour un complot dans l’affaire DSK

Je reproduis ici un texte du quotidien Francais L’Express

 

Le chef de la police new-yorkaise est-il un ami de Sarkozy?

Par Gino Delmas, publié le 07/06/2011 à 17:27

Le chef de la police new-yorkaise est-il un ami de Sarkozy?

Nicolas Sarkozy, accompagné ici de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de l'époque.

AFP

Un journaliste américain, spécialiste de la police, décrit sur son blog les nombreux liens, qui existent entre le chef de l'Etat français et l'un des principaux protagonistes de l'affaire DSK.

Dans l'affaire DSK, les premiers rôles sont joués par l'accusé, la victime, les avocats, le procureur, mais aussi les policiers new-yorkais, et particulièrement leur chef, Ray Kelly.  

Or, un journaliste, spécialiste du milieu policier new-yorkais,Leonard Levitt raconte sur son blog, que le même Ray Kelly est proche de Nicolas Sarkozy. De quoi alimenter la théorie, selon laquelle des fuites préjudiciables à DSK serait organisée en haut lieu.  

Leonard Levitt écrit qu'en 2006, le Président français, alors ministre de l'Intérieur, a décoré l'Américain de la légion d'honneur pour sa lutte contre le terrorisme.  

Cet ancien responsable des douanes américaines sous Bill Clinton, francophile, a été également invité l'été dernier par le Président à la remise de la légion d'honneur à Alain Bauer, criminologue et expert français des questions de sécurité. Ce qui fait dire à Leonard Levitt que les relations du chef d'Etat et du commissaire ont "prospéré" depuis 2006, soulignant la tendance de Ray Kelly à accorder des faveurs aux "personnes puissantes et influentes qui sont susceptibles de lui rendre des services".  

Il pointe ensuite le manque d'entrain de Ray Kelly à identifier l'origine des fuites concernant l'ancien directeur du FMI, aux conséquences pourtant dévastatrices pour l'accusé, alors qu'il avait déployé des moyens considérables lors de fuites similaires dans l'affaire Imette St. Guillen.  

Sur la base de cet article de Leonard Levitt, Bruno Roger-Petit, chroniqueur politique du Nouvel Observateur, s'interrogeait ce matin sur le silence de la presse française à propose de cette amitié. Une connivence décrite comme "éclairante" dans la lecture du traitement de l'affaire DSK.  

Une proximité entre procureurs également

A ces informations sur le lien entre la police new-yorkaise et l'Elysée, est venue s'ajouter la révélation, le 3 juin par le site du Point, d'une rencontre le 16 mai (deux jours après l'arrestation de DSK), à New York, entre le procureur en charge de l'affaire, Cyrus Vance Jr. et le procureur de Paris Jean-Claude Marin. Le magistrat français a eu beau rappeler qu'il était invité de longue date pour une réunion sur la coopération anti-terroriste et assurer n'avoir pas abordé le sujet DSK, l'information est venue relancer les soupçons de manipulation par l'Elysée.  

Contacté par LEXPRESS.fr, Alain Bauer se montre "très surpris" qu'on s'émeuve aujourd'hui des relations d'un ancien ministre de l'Intérieur et d'une pointure de la police américaine spécialiste des questions de terrorisme. Il connaît d'ailleurs Ray Kelly depuis "très longtemps, depuis l'époque où il était aux douanes sous Reagan". Concernant les cérémonies des légions d'honneur, il rappelle qu'elles "se déroulent devant 800 personnes", et qu'elles n'ont donc "rien de secret". 

Des relations, qui seraient donc banales dans le cadre d'une coopération internationale. Mais le silence de l'Elysée, contacté par LEXPRESS.fr, à ce propos ne calmera certainement pas les rumeurs d'instrumentalisation des fuites pour affaiblir le principal rival de Nicolas Sarkozy en 2012.  

No de billet: 542-11-60-70-1

dimanche 29 mai 2011

DSK – Coup monté par les USA et Sarkozy????

Je reproduis un texte publier à la fois sur Vigile.net et sur www.voltairenet.org – Extrêmement intéressant

Obama, la guerre financière et l’élimination de DSK

Thierry MEYSSAN
www.voltairenet.org
jeudi 26 mai 2011


On ne peut comprendre la chute de Dominique Strauss-Kahn sans la replacer dans le contexte du projet qu’il incarnait de création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale prévue pour aujourd’hui 26 mai 2011. Un projet paradoxalement attendu par les États émergents tout autant que par la finance apatride, mais refusé par le complexe militaro industriel israélo-états-unien. Thierry Meyssan lève le voile sur le coup-fourré de l’administration Obama pour ne pas tenir ses engagements.

Les Français ont assisté avec stupeur à l’arrestation aux États-Unis du leader politique le plus populaire chez eux, Dominique Strauss-Kahn. Ancien ministre de l’Économie, l’homme était devenu le haut fonctionnaire le mieux payé au monde (salaire de base annuel, hors primes et frais : 461 510 USD) et s’apprêtait, disait-on, à briguer la présidence de la République. Cette personnalité chaleureuse, connue pour son appétit à table et au lit, parfois accusé de faire de la politique avec dilettantisme tant il aime prendre le temps de jouir de la vie, est accusée d’avoir violé précipitamment une femme de chambre dans un hôtel de Manhattan.

Pendant six jours, les Français sont restés vissés devant leurs écrans de télévision à regarder hébétés l’acharnement judiciaire contre un homme qu’ils s’étaient habitués à considérer comme un recours possible après le catastrophique quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sa chute était aussi la fin de leurs illusions.

Le spectacle de ce destin brisé tient de la tragédie antique. Le dicton romain « Arx tarpeia Capitoli proxima » revient sur les lèvres : la roche tarpeïenne d’où les condamnés à mort étaient précipités dans le vide était si proche du Capitole, lieu symbolique du pouvoir et des honneurs.

Indépendamment de toute considération sur son innocence ou sa culpabilité, le broyage d’une si haute personnalité ne peut que provoquer l’angoisse chez le simple citoyen : si celui-là ne parvient pas à se défendre, alors comment pourrions-nous espérer le faire si nous étions accusés comme lui ?

L’ascension et la chute

Cependant les Français étant un peuple politisé, nourri des leçons de Machiavel sans jamais l’avoir lu, n’ont pas tardé à s’interroger sur le bien-fondé de l’accusation portée contre leur concitoyen, DSK. À 57 %, selon des sondages d’opinion, ils n’ont pas cru cette histoire de rut que les médias états-uniens se délectent à raconter. Les uns se sont mis à imaginer les scenari possibles de manipulation, tandis que les autres se demandaient « Cui bono ? » (À qui profite le crime ?).

À ce jeu là, le premier nom qui vient à l’esprit est celui de Nicolas Sarkozy. Comment ne pas y penser lorsque l’on se souvient qu’il est devenu président en portant plainte contre son principal rival, Dominique de Villepin, et en l’empêtrant dans une affaire toute aussi rocambolesque de faux documents. Alors, pourquoi pas un nouveau complot pour écarter un nouveau concurrent ?

Et peu importe que les deux hommes aient eu besoin l’un de l’autre pour préparer les prochains sommets internationaux, ni qu’ils aient été tous deux inféodés au suzerain états-unien. On sait bien que les pires crimes exigent le sang des amis ou mieux des parents.

Au demeurant, les Français ignorent les attaches de DSK [1], comme ils ignoraient celles de Nicolas Sarkozy lorsqu’ils l’ont élu [2]. Jamais la presse ne les a informés que, dans les années 90, au cours de sa traversée politique du désert, il avait été engagé comme professeur à l’université de Stanford par une certaine… Condoleezza Rice. Ils ne savent pas non plus que lui et ses lieutenants Pierre Moscovici et Jean-Chrisophe Cambadélis furent chargé du financement du Parti socialiste et de la Fondation Jean-Jaurès par la National Endowment for Democracy —façade légale de la CIA [3]—. Ils n’ont pas suivi ses nombreux travaux et contrats avec les think tanks atlantistes, le German Marshall Fund of the United States [4] ou le Groupe de Bilderberg [5]. En définitive, ils ne savent rien de son engagement pour l’intégration de la France et de l’Europe au sein d’un grand marché transatlantique dominé par les États-Unis.

Les Français n’en savent pas plus sur ses liens étroits avec Israël. Il pilote au sein du Parti socialiste le Cercle Léon Blum, du nom d’un ancien Premier ministre juif. Ce discret et puissant lobby veille à écarter de la scène politique tout individu qui contesterait le projet sioniste. Ainsi fait-il tomber des têtes, comme celle du politologue Pascal Boniface qui soulignait le caractère électoralement contre-productif d’un soutien à Tel-Aviv dans un pays où 10 % de la population est de culture arabe. DSK ne se cache pourtant pas. Il déclare sans ambage : « Je considère que tout juif de la diaspora et de France doit apporter son aide à Israël. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est important que les juifs prennent des responsabilités politiques. En somme, dans mes fonctions et dans ma vie de tous les jours, à travers l’ensemble de mes actions, j’essaie d’apporter ma modeste pierre à la construction d’Israël. » Bizarre pour quelqu’un qui brigue la présidence française. Peu importe, il est si jovial.

Néanmoins, rien n’aura été épargné à Dominique Strauss-Khan et à ceux qui l’aiment : pendant qu’il était placé en garde à vue, puis en détention préventive, sans jamais avoir l’occasion de s’exprimer, le procureur de New York faisait distribuer aux médias un acte d’accusation détaillé.

On peut y lire le descriptif froidement clinique du crime imputé : « L’accusé a tenté d’avoir, par la force, une relation sexuelle anale et orale avec un tiers ; l’accusé a tenté par la force d’avoir des rapports vaginaux avec un tiers ; l’accusé a forcé un tiers à un contact sexuel ; l’accusé a séquestré un tiers : l’accusé a obligé un tiers à un contact sexuel sans son consentement ; l’accusé a de façon intentionnelle et sans raison légitime touché les parties génitales et autres parties intimes d’un tiers dans le but d’avilir cette personne et d’abuser d’elle, et dans le but d’assouvir le désir sexuel de l’accusé.

Ces délits ont été commis dans les circonstances suivantes : le soussigné déclare avoir été informé par une personne connue des services du procureur que l’accusé 1) a fermé la porte de la pièce et a empêché la plaignante de quitter cette pièce ; 2) s’est saisi de la poitrine de la plaignante sans son consentement ; 3) a tenté de retirer de force le collant de cette personne et de toucher ses parties génitales de force ; 4) a forcé la bouche de la plaignante à toucher son pénis à deux reprises ; 5) a pu commettre ces actes en utilisant sa force physique. »

Tout cela étalé des jours durant au journal de 20h, avec moult détails, sous les yeux écarquillés de parents rentrant du travail, et devant des enfants effarés baissant leur nez sur leur assiette de potage.

Le choc culturel

On ne sait qui est le plus traumatisé : le brillant économiste qui devait sauver l’humanité de la crise financière et se trouve soudain ravalé au rang d’infâme criminel, ou le peuple qui aspirait au repos et envisageait de le choisir pour chef, et se voit contraint d’observer une fois de plus la violence des États-Unis.

À ce sujet, les Français cherchent des excuses au système judiciaire anglo-saxon qu’ils découvrent. Certes, ils avaient déjà vu cette parodie de justice dans des séries télévisées, mais ils n’avaient jamais cru que cela exista pour de vrai. Et du système extra-judiciaire, de Guantanamo et des prisons secrètes, ils n’ont jamais rien voulu savoir. Quelques commentateurs ont tenté d’expliquer la dureté de la police et du premier juge comme une volonté de traiter à égalité les puissants et les faibles. Ils ont pourtant tous lu les travaux d’illustres sociologues montrant que dans ce système inique l’argent est roi, et la justice est de classe.

Les Français ont aussi accepté sans broncher les reproches de la presse anglo-saxonne. Tout cela est la faute de la presse française, pouvait-on lire, qui n’a pas enquêté sur la vie sexuelle débridée de M. Strauss-Kahn au nom du respect de sa vie privée. Pourtant, poursuivent les puritains, celui qui séduit ostensiblement les femmes, voire les presse, parfois les bouscule, est un violeur potentiel. « Qui vole un œuf, vole un bœuf ! ». En couverture, Time Magazine représente DSK et ceux qui lui ressemblent sous la forme d’un cochon. Nul n’a relevé que l’accusé était directeur du FMI et vivait à Washington depuis 3 ans sans que la presse anglo-saxonne donneuse de leçon ait, elle, enquêté sur ses supposés vices cachés.

L’accusation ayant ouvert le soupçon, chacun se souvient —mais un peu tard— qu’en 2002 DSK avait tenté de forcer une belle journaliste, Tristane Banon. Lorsqu’elle lui avait demandé un entretien, il l’avait invitée dans un appartement particulier, situé dans le quartier historique du Marais à Paris. Il avait accueilli la jeune femme dans un grand loft, dénué de tout meuble, excepté un grand lit. Et comme la belle ne cédait pas au libertin, il l’avait frappée.

Peut-être à New York, cette violence avait-elle submergé le galant homme et l’avait-elle transformé en criminel ?

Rien ne permet de l’imaginer, d’autant que DSK n’est pas un célibataire frustré. Il est marié à une star de la télévision, Anne Sinclair, qui fut la journaliste préférée des Français avant d’abandonner son métier pour l’accompagner, lui, dans sa carrière. Les Français l’ont retrouvée au Tribunal lorsque Dominique Strauss-Kahn comparaissait, toujours aussi belle et volontaire, malgré les années de plus. Petite fille d’un grand marchand d’art, elle dispose d’une confortable fortune familiale. Sans hésiter, elle était venue de Paris pour payer un million de dollars de caution et offrir cinq millions de dollars de garanties bancaires supplémentaires. En cet instant, cette femme d’argent était prête à tout céder pour arracher son époux des mâchoires écrasantes de la justice états-unienne. Elle n’en était que plus admirable. C’est qu’elle ne lui faisait pas grief de ses incartades, elle qui aimait à l’accompagner à la Chandelle, un club échangiste parisien.

Dans toute nation digne de ce nom, on n’aurait pas supporté de voir une personnalité qui était pressentie pour être élue président et incarner le pays apparaître menottée entre des sbires du FBI, jeté à l’arrière d’une voiture comme un malfrat, exhibé devant un tribunal sans avoir la possibilité de se raser. On aurait probablement fait le siège de l’ambassade US en chantant des hymnes patriotiques. Pas en France. On y admire trop les « Américains ». On les contemple comme le lapin hypnotisé par le serpent cobra. Et l’on a du mal à admettre que l’on n’est pas le centre du monde, que si complot il y a, il ne s’est pas tramé aux bords de la Seine, mais sur les rives du Potomac.

La séquestration

DSK est-il coupable de viol ou victime d’une machination ? Il suffit de réfléchir pour répondre à la question.

L’accusé aurait passé la nuit en compagnie d’une call-girl. Il aurait violé la femme de chambre au brunch matinal, puis se serait rendu paisiblement déjeuner avec sa fille, étudiante à Columbia University. Enfin, il aurait été prendre son avion réservé plusieurs jours à l’avance pour aller rencontrer la chancelière Angela Merkel à Berlin. C’est confortablement assis dans un avion d’Air France qu’il a été appréhendé, dix minutes avant le décollage.

Selon le personnel naviguant, les policiers de l’Unité spéciale pour les victimes (celle du feuilleton Law and Order SVU [6]) n’ont pas demandé à leurs homologues de l’aéroport de procéder à l’interpellation, mais ont tenu à la réaliser eux-mêmes malgré le risque d’arriver trop tard. Pour éviter que DSK ne soit prévenu, ils ont par contre demandé que l’on brouille les téléphones portables dans cette zone de l’aéroport le temps nécessaire à leur venue [7]. Or, un tel brouillage n’est pas de la compétence d’une brigade mondaine. Ceci est bien une affaire de sécurité nationale.

Lorsque le suspect a été placé en garde à vue, il a été coupé de tout contact extérieur, hormis avec ses avocats, ainsi que le prévoit le droit états-unien. Mais lorsque la juge Melissa Jackson l’a mis en détention provisoire, il a encore été coupé de l’extérieur. Sans raison. La détention avait-on expliqué est nécessaire car le prévenu pourrait fuir en France, Etat avec lequel Washington n’a pas conclu de traité d’extradition et qui a protégé un autre prévenu accusé de viol, le cinéaste Roman Polanski. Cette décision n’avait pas été prise pour isoler l’accusé et l’empêcher d’influencer des témoins. Cependant la juge avait décidé de le faire enfermer à Rikers Island, une des plus importantes prisons du monde avec 14 000 détenus, et l’une des plus sombres. Un enfer sur Terre. « Pour sa protection », on l’avait alors gratifié d’une chambre individuelle et mis au secret.

Au total, durant 10 jours, le directeur général du FMI a été séquestré. Pendant 10 jours, le fonctionnement de l’institution internationale a été bloqué faute de signature. Pendant 10 jours, les problèmes de l’euro et du dollar, la faillite de la Grèce, et bien d’autres enjeux ont été suspendus au bon vouloir de policiers, de juges et de matons.

Selon la jurisprudence états-unienne, DSK qui n’a pas d’antécédents judiciaires et qui est domicilié à Washington, n’aurait pas dû être placé en détention préventive, mais aurait dû bénéficier d’une liberté sous caution. Il a probablement vite analysé la situation. Par l’intermédiaire d’un de ses avocats, il a réussi à faire parvenir au FMI une lettre de démission. Le lendemain même, contre toute attente, un nouveau juge accédait à sa demande de remise en liberté surveillée. Il n’était en effet plus utile de le maintenir sous écrou puisque le FMI avait recouvré sa capacité à agir.

Christine Lagarde, ministre française de l’Économie qui a fait carrière aux États-Unis en défendant les intérêts du complexe militaro-industriel [8], est pressentie pour succéder au prévenu à la direction du FMI, malgré les cris d’orfraie de la Russie et de la Chine.

Au fait, son second avocat, Benjamin Brafman, n’est pas venu le voir en prison et ne s’est pas présenté à la seconde audience. La star du barreau de New York était partie précipitamment en Israël. Officiellement pour y célébrer une fête religieuse en famille [9]. Mais pour exiger ses honoraires, Me Brafman n’a pas dû se contenter d’allumer les feux de Lag Ba’omer, mais il a dû négocier de l’aide pour son client.

Le projet Zhou

Pourquoi donc déployer des moyens hollywoodiens et bloquer le FMI durant 10 jours ? Deux réponses sont possibles, et elles sont peut-être liées.

En premier lieu, le 29 mars 2009, le gouverneur de la Banque centrale chinoise Zhou Xiaochuan a remis en cause la prédominance du dollar comme monnaie de réserve. Déplorant que le projet de l’économiste John Maynard Keynes de créer une monnaie internationale (le Bancor) n’ait pas été concrétisée à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, il proposa d’utiliser les Droits de tirage spéciaux du FMI pour jouer ce rôle [10].

Cédant à la pression, les États-Unis acceptent un triplement des ressources du FMI et l’émission par le FMI de Droits de tirages spéciaux (DTS) d’une valeur de 250 milliards de dollars, lors du sommet du G20 à Londres, le 2 avril 2009. Ils acceptent également le principe d’un Conseil de stabilité financière auxquels seront associés les grands États émergents.

Cette idée est discutée au sommet du G8 à L’Aquila (Italie), le 8 juillet 2009. Poussant le pion plus loin encore, la Russie proposa de ne pas se contenter d’une monnaie virtuelle, mais de l’éditer. Dmitry Medevedev, qui avait fait frapper symboliquement des prototypes de cette monnaie, posa quelques pièces sur la table. D’un côté y figuraient les visages des huit chefs d’État et de l’autre la devise en anglais « Unity in Diversity » [11].

Le projet est soumis aux experts de la Division des Affaires économiques et sociales de l’ONU. Leur rapport, auquel participe le professeur Vladimir Popov de la New Economic School de Moscou, est étudié le 25 avril 2010 lors d’une réunion jointe du FMI et de la Banque mondiale [12].

Le processus devait aboutir, aujourd’hui 26 mai 2011, au sommet du G8 à Deauville (France). Le dollar aurait cessé d’être la monnaie de référence sur fond d’imminente cessation de paiement du gouvernement fédéral des États-Unis. Washington aurait renoncé au financement de son hyper-puissance militaire par la dette pour se consacrer à sa restructuration interne.

Le dinar libyen, première (et dernière ?) monnaie au monde garantie en or et en Droits de tirages spéciaux du FMI. En 2000, le colonel Kadhafi avait imaginé de créer une monnaie panafricaine basée sur l’or, mais il n’était pas parvenu à faire avancer son idée. Aussi, en 2009, s’était-il spontanément emparé du projet Zhou et l’avait unilatéralement adopté pour son pays.

Le grain de sable

Malheureusement, durant les derniers mois de ce processus, des initiatives militaires et politiques ont bouleversé ce plan. Certains États —dont la Russie et la Chine— ont été floués. L’arrestation de DSK montre que Washington était de mauvaise foi et que ses concessions ne visaient qu’à gagner du temps.

Bien que le détail exact du montage imaginé par Dominique Strauss-Kahn pour créer cette nouvelle monnaie de réserve adossée aux Droits de tirages spéciaux du FMI soit secret, il apparaît que le Libye y jouait un rôle clé : à titre expérimental, c’est la Banque centrale libyenne qui la première avait décidé de fonder sa monnaie, le dinar, sur l’or et au delà sur les DTS. La chose est d’autant plus importante que la Libye dispose d’un fond souverain parmi les mieux dotés du monde (il est même un peu plus riche que celui de la Russie).

Or, en entrant en guerre contre la Libye, la France et le Royaume-Uni ont provoqué un gel théorique des avoirs non seulement de la famille Kadhafi, mais de l’État libyen. Pis, Paris et Londres ont dépêché des cadres de la banque HSBC à Benghazi pour créer une Banque centrale libyenne rebelle et tenter de s’emparer des avoirs nationaux [13]. Sans que l’on sache si Nicolas Sarkozy et David Cameron se sont laissés emporter par l’ivresse de leur force ou ont agi sur instruction de leurs mandants à Washington, le fragile édifice élaboré par Dominique Strauss-Kahn s’est effondré.

Selon nos contacts à Tripoli, au moment de son arrestation, DSK partait à Berlin pour trouver une solution avec la chancelière Angela Merkel. Il devait ensuite partir avec un émissaire de Mme Merkel négocier avec des représentants du colonel Kadhafi —voire avec lui directement—. La signature du Guide libyen étant indispensable au déblocage de la situation.

On assiste désormais à une guerre financière d’une ampleur jamais égalée : alors que la situation économique des États-Unis vacille et que le dollar pourrait devenir rapidement une monnaie de singe, l’accord conclu au G8 et avalisé au G20, mis en œuvre par le FMI en coordination avec la Banque mondiale et les milieux bancaires internationaux dont DSK était le champion, est suspendu. La domination du dollar est intacte quoique plus que jamais artificielle ; ce dollar que les États émergents voulaient relativiser, mais sur lequel le complexe militaro-industriel israélo-états-unien assoit sa puissance.

Dans ce contexte que vaut l’honneur d’un homme ?

***

Thierry Meyssan

Intellectuel français, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace. Il publie des analyses de politique étrangère dans la presse arabe, latino-américaine et russe. Dernier ouvrage en français : L’Effroyable imposture : Tome 2, Manipulations et désinformations (éd. JP Bertand, 2007).

Source Komsomolskaïa Pravda (Fédération de Russie)

Les articles de cet auteur

La version originale de cet article étant parue dans un grand quotidien ne comprenait pas de notes de bas de page. Celles-ci ont été ajoutées par la rédaction du Réseau Voltaire pour faciliter l’approfondissement du sujet par les lecteurs.

[1] « Dominique Strauss-Kahn, l’homme de "Condi" au FMI », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 octobre 2007.

[2] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 juillet 2008.

[3] « La NED, vitrine légale de la CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 octobre 2010.

[4] « Le German Marshall Fund, un reliquat de la Guerre froide ? », Réseau Voltaire, 5 octobre 2004.

[5] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[6] Série télévisée de Dick Wolf pour NBC, diffusée en France sous le titre New York, unité spéciale et au Québec sous le titre La Loi et l’Ordre : Crimes sexuels.

[7] « Les derniers mots de DSK avant son arrestation », par Michel Colomès, Le Point, 19 mai 2011.

[8] « Avec Christine Lagarde, l’industrie US entre au gouvernement français », Réseau Voltaire, 22 juin 2005.

[9] « Strauss-Kahn’s lawyer to Haaretz : Former IMF chief will be acquitted », par Chaim Levinson, Haaretz, 22 mai 2011.

[10] « La Chine commence à s’écarter du dollar », Réseau Voltaire, 22 mai 2009

[11] « La Russie et la Chine proposent une monnaie commune globale », Réseau Voltaire, 11 juillet 2009.

[12] « Plan de réforme du système financier international »(Extrait du rapport « World Economic and Social Survey 2010 : Retooling Global Development »), par Christina Bodouroglou, Nazrul Islam, Alex Julca, Manuel Montes, Mariangela Parra Lancourt, Vladimir Popov, Shari Spiegel et Rob Vos Réseau Voltaire, 6 juillet 2010.

[13] « La rapine du siècle : l’assaut des volontaires sur les fonds souverains libyens » et « Derrière l’attaque contre la Libye : les stratégies de la guerre économique », par Manlio Dinucci, Réseau Voltaire, 22 avril et 2 mai 2011.

 

No de billet 071-11-50-92*1

mardi 5 avril 2011

11 septembre 2001 + Drogues + le gvt parallèle USA

Je vous reproduis un texte hautement intéressant publié sur le Réseau Voltaire via Vigile.net

Derrière la démocratie états-unienne : l’État profond

Dans un ouvrage enfin disponible en français, le professeur Peter Dale Scott retrace l’histoire de « l’État profond » aux États-Unis, c’est-à-dire de la structure secrète qui pilote la politique extérieure et de Défense au-delà de l’apparence démocratique. Cette étude est l’occasion de mettre en lumière le groupe qui a organisé les attentats du 11-Septembre et qui se finance via le trafic mondial des drogues. Ce livre de référence est d’ores et déjà conseillé à la lecture dans les académies militaires et diplomatiques.



5 AVRIL 2011
Depuis
Berkeley (États-Unis)
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Réseau Voltaire : Professeur Scott, sachant que votre travail n’a pas encore la notoriété qu’il devrait avoir dans le monde francophone, pourriez-vous commencer par nous définir ce qu’est la « Politique profonde » (Deep Politics), et nous expliquer la distinction entre ce que vous appelez l’« État profond » et l’« État public » ?

Peter Dale Scott : L’expression « État profond » vient de la Turquie. Elle dut être inventée en 1996 après l’accident d’une Mercedes roulant à vive allure – voiture dont les occupants étaient un membre du parlement, une reine de beauté, un important capitaine local de la police, et le principal trafiquant de drogue de Turquie, qui était également le chef d’une organisation paramilitaire — les Loups Gris — qui assassinait des gens. Et il devint flagrant qu’il existait en Turquie une relation secrète entre la police — qui recherchait officiellement cet homme, bien qu’il soit alors dans la voiture avec un policier — et ces individus qui commettaient des crimes au nom de l’État. L’État pour lequel vous commettez des crimes n’est pas un État qui peut montrer sa main au public. C’est un État dissimulé, une structure secrète. En Turquie, ils l’ont appelé l’« État profond » [1], et j’avais depuis longtemps parlé de « Politique profonde », donc j’ai utilisé cette expression dans La Route vers le Nouveau Désordre Mondial.

J’ai défini la politique profonde comme étant l’ensemble des pratiques et des dispositions politiques, intentionnelles ou non, qui sont habituellement critiquées ou tues dans le discours public plus qu’elles ne sont reconnues. Donc l’expression « État profond » – inventée en Turquie – ne vient pas de moi. Elle se réfère à un gouvernement parallèle secret organisé par les appareils militaires et de renseignement, financé par la drogue, qui s’engage dans des violences illicites afin de protéger le statut et les intérêts de l’armée contre les menaces qu’incarnent les intellectuels, les religieux et occasionnellement le gouvernement constitutionnel. Dans La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, j’adapte quelque peu cette expression pour me référer à l’interface plus large, aux États-Unis, entre l’État public constitutionnellement établi d’une part, et les forces profondes en arrière plan de celui-ci : les forces de la richesse, du pouvoir et de la violence situées en dehors du gouvernement. Nous pourrions appeler cette interface la « porte de derrière » de l’État public, donnant accès à des forces obscures situées hors du cadre légal. L’analogie avec la Turquie n’est pas parfaite, car ce que nous pouvons observer aujourd’hui aux États-Unis est moins une structure parallèle qu’une vaste zone ou milieu d’interactions entre l’État public et des forces obscures invisibles. Mais cette interaction est considérable, et nous avons besoin d’une appellation telle qu’« État profond » pour la décrire.

Réseau Voltaire : Votre ouvrage, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, a été écrit lorsque le régime Bush était en place, puis réactualisé pour les besoins de la traduction française ; selon vous, l’État profond a-t-il été affaibli au profit de l’État public suite à l’élection de Barack Obama, ou au contraire s’est-il renforcé avec la crise et l’administration actuelle ?

Peter Dale Scott : Après deux années de présidence Obama, je dois conclure avec regret que l’influence de l’État profond, ou plus exactement de ce que j’appelle dans mon dernier livre « La Machine de guerre états-unienne » (American War Machine), a continué de s’étendre, comme elle l’a fait sous chaque président des États-Unis depuis Kennedy. Un signe important de cela est l’ampleur avec laquelle Obama, en dépit de sa rhétorique de campagne, a continué d’élargir le champ d’application du secret au sein du gouvernement US et de punir les lanceurs d’alertes : sa campagne contre Wikileaks et Julian Assange, qui n’a pas encore été inculpé d’un quelconque crime, est sans précédent dans l’Histoire des États-Unis. Je suspecte que la peur de la publicité qui est perceptible à Washington soit liée à la conscience que les politiques de guerre des États-Unis sont de plus en plus en décalage avec la réalité. En Afghanistan, Obama semble avoir capitulé face aux efforts du général Petraeus et d’autres généraux visant à s’assurer que les troupes US ne commenceraient pas à se retirer des zones de combat en 2011, tel qu’il avait été anticipé lorsqu’Obama autorisa une augmentation du nombre de soldats en 2009. Le dernier livre de Bob Woodward, intitulé Obama’s Wars, rapporte que durant ce long débat dans l’administration pour trancher s’il fallait décider d’une escalade militaire en Afghanistan, Leon Panetta, le directeur de la CIA, conseilla à Obama qu’« aucun président démocratique ne peut aller à l’encontre des conseils de l’armée... Donc faites-le. Faites ce qu’ils vous disent. » Obama a récemment dit à des soldats US en Afghanistan : « Vous accomplissez vos objectifs, vous réussirez votre mission ». Cet écho des témoignages antérieurs – sottement optimistes – de Petraeus illustre pourquoi il n’y a pas eu d’évaluation réaliste du déroulement de la guerre au sein de la Maison Blanche en décembre 2010, comme il avait été initialement mandaté.

À l’image de Lyndon Johnson avant lui, le Président est à présent piégé dans un bourbier qu’il n’ose pas perdre, et qui menace de s’étendre au Pakistan autant qu’au Yémen, sinon au-delà. Je suspecte que les forces profondes qui dominent les deux partis politiques sont maintenant si puissantes, si affluentes, et par dessus tout si investies dans les profits générés par la guerre, qu’un président est plus loin que jamais de remettre en cause ce pouvoir, même s’il devient de plus en plus clair que l’ère de domination mondiale des États-Unis, comme celle de la Grande-Bretagne auparavant, est sur le point d’arriver à son terme.

Dans ce contexte Obama, sans débat ou révision, a prolongé l’état d’urgence intérieur proclamé après le 11-Septembre, avec les drastiques limitations des droits civils que cela implique. Ainsi, en septembre 2010, le FBI a pris d’assaut les bureaux de défenseurs pacifiques des droits de l’homme à Minneapolis et à Chicago, se basant sur un récent jugement de la Cour Suprême en vertu duquel l’expression et l’activisme non-violents relevant du Premier Amendement constituent des crimes s’ils sont « coordonnés avec » ou « sous la direction » d’un groupe étranger désigné comme « terroriste ». Il doit alors être relevé qu’en 9 ans, le Congrès ne s’est pas une seule fois réuni pour débattre de l’état d’urgence décrété par George W. Bush en réponse au 11-Septembre, un état d’urgence qui demeure donc effectif aujourd’hui. En 2009, l’ancien député au Congrès Dan Hamburg et moi-même avons publiquement fait appel à la fois au Président Obama pour qu’il mette un terme à cette urgence, et au Congrès pour qu’il tienne les audiences requises par son statut. Mais Obama, sans discuter, a prolongé à nouveau l’urgence du 11-Septembre le 10 septembre 2009, et une nouvelle fois l’année suivante. Entre-temps, le Congrès a continué d’ignorer ses obligations statutaires.

Un député du Congrès a expliqué à l’un de ses administrés que les provisions du National Emergencies Act ont maintenant été rendues inopérantes par la COG (Continuity of Government), un programme ultrasecret destiné à organiser la direction de l’État dans le cas d’une urgence nationale. Le programme de la COG fut partiellement mis en œuvre le 11-Septembre par Dick Cheney, l’un des principaux architectes de ce programme développé dans un comité opérant en dehors du gouvernement régulier depuis 1981 [NdT : voir plus bas pour plus de détails au sujet de la COG]. S’il est vrai que les dispositions du National Emergencies Act ont été rendues inopérantes par la COG, cela indiquerait que le système constitutionnel de contre-pouvoirs ne s’applique plus aux États-Unis, et que les décrets secrets priment dorénavant sur la législation publique.

Réseau Voltaire : Dans ce contexte, pourquoi le Congrès des États-Unis ne joue-t-il pas son rôle dans la limitation des pouvoirs secrets qui fut mise en place après le Watergate ? Quelles furent les conséquences de l’éviction de Nixon et du renforcement de la supervision du Congrès sur les opérations secrètes des services de renseignement des États-Unis ?

Peter Dale Scott : La stratégie de Nixon concernant le Vietnam consista à tenter d’obtenir le soutien du côté opposé en passant des accords stratégiques autant avec l’Union soviétique qu’avec la Chine. Ceci produisit une violente opposition de la part des « faucons » aussi bien que des « colombes » au sein d’une nation profondément divisée ; et je crois que des « faucons » issus de la CIA autant que du Pentagone prirent part à la crise fabriquée du Watergate qui conduisit à la démission forcée de Nixon. À la suite du Watergate, les « colombes » au sein du Congrès dit « McGovernite » de 1974 menèrent à bien un certain nombre de réformes au nom de politiques plus ouvertes et publiques, abolissant un état d’urgence qui avait survécu depuis la guerre de Corée, et établissant les restrictions juridiques et législatives sur la CIA et sur d’autres aspects du gouvernement secret. Ces réformes produisirent en retour une mobilisation concertée afin de les renverser, et de restaurer le statu quo ante. Ce débat politique sous-tendait un désaccord au sein de la direction du pays entre ceux que l’on appelait les « négociants » et les « Prussiens », la question étant de savoir si les États-Unis, suite au fiasco du Vietnam, devaient s’efforcer de revenir à leur rôle antérieur de nation commerçante prééminente, ou s’ils devaient répondre à la défaite du Vietnam par un accroissement supplémentaire de leurs forces armées.

Cette lutte bureaucratique et idéologique fut simultanément une lutte entre les modérés et les militaristes pour le contrôle du parti Républicain. Ceci culmina dans la chute de Nixon et la redirection graduelle de la politique étrangère des États-Unis — durant la présidence Ford — de la coexistence pacifique avec l’Union soviétique vers des plans d’affaiblissement puis de destruction sous Ronald Reagan de ce que ce dernier appela « l’Empire du Mal ». Ainsi, en octobre 1975, l’implication très probable de Dick Cheney et de Donald Rumsfeld dans la révolution de palais connue par les historiens sous le nom de « Massacre d’Halloween » signifia la défaite du républicanisme modéré de Nelson Rockefeller. Essentiellement, elle signifia la réorganisation de l’équipe de Ford préparant la fin de la détente.

Dick Cheney et Donald Rumsfeld, dirigeant alors l’équipe de la Maison Blanche du Président Gerald Ford et contrôlant le secrétariat à la Défense, jouèrent un rôle décisif dans le triomphe ultime des Prussiens en éloignant Henry Kissinger et en nommant George H.W. Bush en tant que directeur de la CIA, où il mit sur pied une nouvelle estimation, plus alarmiste, de la menace soviétique (d’où l’explosion correspondante des budgets de défense et le sabordage de la Détente). Depuis lors, nous avons pu observer une influence de plus en plus importante sur l’économie politique des États-Unis de ce que Dwight D. Eisenhower appela le « complexe militaro-industriel » dans son discours historique de fin de mandat prononcée le 17 janvier 1961.

Aujourd’hui, nous sommes sous un état d’urgence nouveau et étendu, et la supervision par le Congrès des opérations secrètes de l’État profond des États-Unis est devenue presque inexistante. Par exemple, la supervision juridiquement mandatée par le Congrès des opérations secrètes de la CIA a été évitée avec succès par la création en 1981 du Joint Special Operations Command (JSOC) au Pentagone, qui incorpore simplement du personnel de la CIA dans ses opérations. Le JSOC, aujourd’hui connu sous l’appellation Special Operations Command, est devenu le centre des opérations secrètes du Pentagone, comme celles conduites sous la direction du général Stanley McChrystal avant qu’il ne soit nommé commandant des forces armées de l’OTAN en Afghanistan.

Réseau Voltaire : Dans la question précédente, vous avez brièvement évoqué le rôle important de George Bush senior dans le sabordage de la Détente voulue par Henry Kissinger. M. Bush a pourtant passé une très brève période à la tête de la CIA. Est-ce que le remplacement de George H.W. Bush par l’amiral Stansfield Turner, plus modéré, à la tête de cette Agence a accru le contrôle des opérations secrètes menées par différents éléments de l’État profond des États-Unis ?

Peter Dale Scott : Non, absolument pas. Ce fut le contraire, car certains des acteurs clés de ce que je viens d’expliquer, une fois évincés de la CIA suite à la nomination de l’amiral Turner, se trouvèrent une nouvelle « maison » en travaillant pour ce que l’on appelle le Safari Club. Le Safari Club était une organisation secrète hors registres unissant les directeurs des services de renseignement de nombreux pays — incluant la France, l’Égypte, l’Arabie saoudite, et l’Iran—. Notamment impulsée par celui qui était alors le directeur des renseignements extérieurs français, feu Alexandre de Marenches, cette organisation avait comme objectif de compléter secrètement les actions de la CIA en menant d’autres opérations anti-communistes en Afrique, en Asie centrale et au Moyen-Orient — opérations sur lesquelles le Congrès des États-Unis n’exerçait aucun contrôle—. Ensuite, en 1978, Zbigniew Brzezinski — qui ne faisait pas partie du Safari Club — supervisa un contournement de l’amiral Turner en organisant une unité spéciale au sein de la Maison-Blanche avec Robert Gates, l’actuel secrétaire à la Défense qui était alors un jeune agent opérationnel de la CIA. Sous la direction de Brzezinski, des officiers de la CIA s’allièrent à l’agence de renseignement de l’Iran, la SAVAK, afin d’envoyer des agents islamistes en Afghanistan, déstabilisant le pays d’une manière qui mena à l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique en 1980.

La décennie suivante, marquée par l’implication secrète de la CIA en Afghanistan, fut déterminante dans la conversion de ce pays en un vivier de la culture de pavot, du trafic d’héroïne et de l’islamisme jihadiste. À ce sujet, il existe de très bons livres qui furent publiés il y a quelques années — l’un par Tim Weiner, l’autre par John Prados —. Mais du fait qu’ils se sont adressés à des officiers de la CIA qui leur ont montrés seulement une poignée de documents récemment déclassifiés, ces auteurs ne parlent pas de la drogue dans ces livres. La connexion narcotique est si profonde qu’elle n’est pas mentionnée dans les documents de la CIA rendus publics. Mais la collaboration de la CIA dirigée dès 1981 par William Casey avec la banque de la drogue appelée Bank of Credit and Commerce International (BCCI) encouragea la création d’une immense narco-économie en Afghanistan, dont les conséquences déstabilisantes contribuent à expliquer pourquoi des soldats de l’OTAN, des Afghans et des Pakistanais meurent quotidiennement dans ces contrées [2]. La BCCI fut une énorme banque de blanchiment des revenus de la drogue. Avec ses budgets, ses ressources, elle corrompait des politiciens de premier plan à travers le monde — des Présidents, des Premiers ministres...— Et une part de cet argent sale — on n’en parle pas beaucoup, mais c’est la réalité — atteignait des politiciens aux États-Unis, des politiciens des deux partis, et c’est l’une des principales raisons expliquant pourquoi nous n’avons jamais obtenu une enquête du Congrès visant la BCCI. Il y eut en fait un rapport du Sénat qui fut publié, signé par un Républicain, Hank Brown, et un Démocrate, John Kerry. Et Brown félicita Kerry pour avoir le courage d’écrire ce rapport alors que tant de personnes dans son parti étaient concernées par la BCCI. Cette dernière fut un facteur prépondérant dans la création de connexions avec des gens comme Gulbuddin Hekmatyar, qui était probablement le principal trafiquant d’héroïne au monde durant les années 1980. Il devint également le premier bénéficiaire des largesses de la CIA, complétées par une somme égale d’argent venant d’Arabie saoudite. Il y a quelque chose de terriblement néfaste dans une telle situation !

Réseau Voltaire : En 1976, Jimmy Carter a été élu en partie sur la base d’un programme de réduction des dépenses militaires et de détente avec l’Union soviétique, qui n’a pas été suivi dans les faits, durant les 4 ans de sa présidence. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Est-ce que son conseiller à la Sécurité Nationale Zbigniew Brzezinski — que vous avez évoqué dans votre réponse précédente — a joué un quelconque rôle dans cette politique étrangère nettement plus agressive qu’attendu ?

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Né en 1929 à Montréal, Peter Dale Scott est un ancien diplomate, un poète et un auteur canadien. Il est également professeur émérite de Littérature anglaise à l’Université de Berkeley, en Californie. Renommé pour ses positions anti-guerre et ses critiques à l’encontre de la politique étrangère des États-Unis depuis la guerre du Viêt Nam, Peter Dale Scott est un auteur et analyste politique salué par la critique et reconnu par ses pairs, parmi lesquels son proche ami Daniel Ellsberg, qui est connu comme « l’homme qui fit tomber Nixon ».

Peter Dale Scott : Les médias présentaient Carter comme un candidat populiste, un fermier sudiste cultivant des cacahuètes. Mais la réalité profonde était que Carter avait été préparé pour la présidence par Wall Street, et particulièrement par la Commission Trilatérale qui était financée par David Rockefeller, et dirigée par Zbigniew Brzezinski. Brzezinski, un Polonais viscéralement antisoviétique, devint alors le conseiller à la Sécurité nationale de Carter ; et dès le début de ce mandat, il court-circuita continuellement le secrétaire d’État Cyrus Vance afin de poursuivre une politique étrangère plus vigoureusement antisoviétique. En cela, Brzezinski alla à l’encontre des buts affichés de la Commission Trilatérale, dont le Président Carter avait été membre. L’idée sous-jacente de la Commission Trilatérale était une image plutôt attirante d’un monde multipolaire dans lequel les États-Unis auraient joué le rôle du médiateur entre le Deuxième Monde, c’est-à-dire le bloc soviétique, et le Tiers-Monde, qui était ce que l’on appelait à cette époque les pays sous-développés, ou les moins développés... Entre parenthèses, je déteste cette expression, ayant vécu en Thaïlande : dans certains aspects, ils sont bien plus développés que nous le sommes !

En résumé, lorsqu’il a été élu, Carter nomma comme secrétaire d’État un authentique trilatéraliste, Cyrus Vance, et il avait comme conseiller à la Sécurité Nationale Zbigniew Brzezinski, qui était déterminé à utiliser l’État profond afin d’infliger autant de dommages qu’il pouvait à l’Union soviétique. Et la majorité de ce qui est perçu comme les « succès » du régime de Reagan eurent clairement leurs origines sous Brzezinski. Ce fut une totale répudiation de ce pourquoi la Commission Trilatérale s’était engagée. Carter — ce pauvre homme — fut élu en promettant des coupes dans le budget de la Défense et, avant qu’il ne soit parti, il avait engagé le département de la Défense dans de massives augmentations budgétaires qui, encore une fois, furent associées à Reagan, mais furent initiées avant lui. Par conséquent, une campagne massive visant à une hausse des budgets de défense — discrètement menée par de riches industriels de l’appareil militaire qui agissaient à travers le Comité sur le Danger Présent — amena l’opinion publique états-unienne à renforcer l’impulsion de Brzezinski pour une présence et une politique étrangère US plus militantes, particulièrement dans l’Océan indien.

Réseau Voltaire : Après avoir été un homme très influent auprès du Président Gerald Ford, Dick Cheney — aux côtés de son mentor Donald Rumsfeld et du vice-président George H.W. Bush — a été depuis la présidence Reagan l’un des hommes clés du programme ultra secret de « Continuité du Gouvernement » (Continuity of Government, COG). Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce programme ? A-t-il déjà été appliqué, même partiellement ?

Peter Dale Scott : Depuis le début de la présidence de Reagan en 1981, un groupe secret évoluant en dehors du gouvernement régulier fut mis en place afin de travailler sur ce que l’on appelle la Continuité du Gouvernement (« Continuity of Government » ou COG), en d’autres termes des plans de la COG destinés à organiser la gestion de l’État en cas d’urgence nationale. Ce programme était initialement une extension de plans préexistants visant à répondre à une attaque nucléaire qui décapiterait la direction des États-Unis. Mais avant la fin du mandat de Reagan, les termes furent modifies par son ordre exécutif 12686 de 1988 afin de couvrir n’importe quelle urgence.

La COG est une autre chose que l’on associe à Reagan, mais ces plans commencèrent en réalité sous Jimmy Carter, même si ce dernier peut ne jamais avoir été au courant de cela. En effet, Carter créa la FEMA [l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence], qui a historiquement toujours été l’infrastructure de planification de la COG. Ce qui est assez choquant, c’est que les plans de la COG sont des plans extrêmes, mais que le Congrès n’en était pas au courant durant les années 1980. Seul un petit groupe — dont faisaient partie Oliver North, Dick Cheney et Donald Rumsfeld — étaient chargés de travailler sur ces plans en vertu d’un ordre exécutif top secret de Reagan émis en 1981, comme expliqué précédemment.

La question de la COG fut pour la première évoquée publiquement en 1987, durant les auditions relatives à l’affaire Iran-Contra, lorsqu’un député du Congrès nommé Jack Brooks demanda à Oliver North : « Colonel North, dans le cadre de votre travail au Conseil de Sécurité Nationale, ne vous a-t-on pas assigné à un moment donné à la planification de la continuité du gouvernement en cas de survenance d’un désastre majeur ? ». Le député du Congrès Brooks ajouta : « J’étais particulièrement préoccupé, M. le président, car j’ai lu dans des journaux de Miami et dans plusieurs autres qu’un plan avait été élaboré, par cette même agence, un plan de contingence en cas d’urgence, lequel suspendrait la Constitution des États-Unis. J’en ai été profondément troublé, et je me suis demandé si c’était un domaine sur lequel il avait travaillé. Je crois que c’est le cas et je voulais avoir cette confirmation. » Le sénateur Inouye, directeur de cette commission d’enquête du Congrès, lui répondit avec une certaine nervosité : « Avec tout le respect que je vous dois, puis-je vous demander de ne pas toucher à ce sujet à ce stade-là ? Si nous désirons l’aborder, je suis certain que des arrangements peuvent être pris pour une session exécutive. » Les questions du député du Congrès Brooks portaient clairement sur la « Continuité du Gouvernement », et ces arrangement pour réunir une session exécutive ne furent jamais entrepris.

Cheney et Rumsfeld — deux figures clés du programme de la COG — continuèrent à participer à ces plans et exercices très onéreux au cours des deux décennies successives, même si vers la fin des années 1990, ces deux hommes étaient des directeurs d’entreprises privées n’ayant aucune connexion avec le gouvernement. Il a été rapporté que la nouvelle cible remplaçant l’Union soviétique aurait été le terrorisme, mais certains journalistes ont avancé que dès le début des années 1980, il existait des plans majeurs destinés à faire face au genre de protestations anti-guerre qui, dans l’esprit d’Oliver North et d’autres comme lui, avaient été responsables de la défaite des États-Unis au Vietnam.

Il n’est pas remis en question que, le 11-Septembre, les plans de la COG ont été partiellement mis en œuvre, parallèlement à un état d’urgence officiellement proclamé. Celui-ci est toujours en place 9 ans après, au mépris d’une loi post-Watergate appelant soit à une approbation, soit à une cessation d’une urgence nationale par le Congrès tous les 6 mois. Les plans de la COG sont un secret étroitement gardé, mais il y eut durant les années 1980 des rapports déclarant que ces plans impliquaient la surveillance et la détention sans mandats, ainsi qu’une militarisation permanente du gouvernement. Dans une certaine mesure, ces changements ont été clairement mis en place depuis le 11-Septembre.

Il n’existe aucun moyen de déterminer combien de changements constitutionnels survenus depuis le 11-Septembre peuvent trouver leur source dans la planification de la COG. Nous savons cependant que de nouvelles mesures de planification de la COG furent une nouvelle fois instaurées en 2007, lorsque le président Bush a émis la National Security Presidential Directive 51 (Directive Présidentielle de Sécurité Nationale, ou NSPD-51/HSPD-20). Cette directive formulait ce que la FEMA a appelé ultérieurement « une nouvelle vision pour assurer la continuité de notre gouvernement », et a été suivie en août par un nouveau National Continuity Policy Implementation Plan (Plan d’Implantation de la Politique de Continuité Nationale). La NSPD-51 a également invalidé la PDD 67, qui était la directive de la COG de la décennie précédente élaborée par Richard Clarke, alors « tsar » du contre-terrorisme aux États-Unis depuis l’ère Clinton. Enfin, la NSPD-51 fit référence à de nouvelles « annexes classifiées sur la continuité », lesquelles doivent « être protégées contre toute divulgation non autorisée ».

Sous la pression de certains de ses administrés mobilisés pour obtenir une véritable enquête sur le 11-Septembre, le député au Congrès Peter DeFazio, membre de la Commission sur la Sécurité Intérieure, a demandé à consulter ces annexes à deux reprises. Sa demande a été rejetée la première fois. DeFazio a alors fait une deuxième requête, dans une lettre signée par le président de sa Commission. La demande a été à nouveau rejetée. Une fois de plus, comme je l’ai déclaré dans ma réponse à la seconde question de cet entretien, cela indiquerait que le système constitutionnel de contre-pouvoirs ne s’applique plus aux États-Unis, et que les décrets secrets priment dorénavant sur la législation publique.

Réseau Voltaire : Dans La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, vous affirmez que la Commission nationale d’enquête sur le 11-Septembre — dont les membres furent nommés par le cabinet de George W. Bush, et dont le Rapport final fut rédigé par l’équipe du directeur exécutif Philip Zelikow — a procédé à des dissimulations récurrentes au sujet du 11-Septembre, notamment en ce qui concerne les actions de Dick Cheney ce matin-là. Pouvez-vous éclairer nos lecteurs sur ce point précis ?

Peter Dale Scott : Initialement, George W. Bush résista à toute enquête au sujet du 11-Septembre, jusqu’à ce que le Congrès n’impose une Commission d’enquête en réponse à une efficace campagne politique menée par les familles des victimes. (NdT : voir le documentaire [Press for Truth – En quête de vérité=>http://www.voltairenet.org/achat-en...]) Thomas Kean et Lee Hamilton, les deux directeurs de la Commission, firent publiquement la promesse d’être guidés par les questions sans réponses des familles des victimes, comme par exemple celles de savoir qui étaient vraiment les pirates de l’air présumés, et comment trois bâtiments du World Trade Center s’effondrèrent, l’un d’entre eux n’ayant été frappé par aucun avion. Ces questions, puis d’autres interrogations, ne furent finalement pas du tout traitées. Dans le même temps, la Commission reçut un grand nombre de témoignages contradictoires, et elle a — à de multiples reprises — réécrit certains récits. Sous l’étroite supervision de Philip Zelikow, le directeur de cette Commission qui avait été depuis longtemps employé par le gouvernement en matière de sécurité nationale, le Rapport de la Commission sur le 11-Septembre ignora certaines contradictions et en corrigea d’autres d’une manière qui fut remise en question par de nombreux critiques. Le Rapport attribua le manque de réponses [de la défense des États-Unis] ce jour-là à un chaos et à une rupture systémique, ignorant d’autres témoignages de Cheney selon lesquels il joua un rôle prépondérant ce jour-là. La Commission ignora également d’importantes contradictions et remises en question du témoignage que Cheney donna à celle-ci. Un sujet crucial sur lequel la Commission n’a — de manière explicite — pas enquêté fut la mise en œuvre des plans de la COG le 11-Septembre (p.555, note 9). Elle n’a pas non plus parlé de la commission d’études sur le terrorisme de Cheney — réunie par décret de Bush en mai 2001 — qui a été citée comme étant la source d’un ordre du Comité des chefs d’État-major Interarmées [le JCS] datant du 1er juin 2001. Cet ordre a modifié [ou a considérablement alourdi, en les rendant inopérantes] les conditions d’interception des avions détournés par l’armée de l’Air. Afin de parvenir à son compte-rendu restreint de la responsabilité de Cheney ce jour-là, la Commission a également — et de manière flagrante — négligé des comptes-rendus de témoins oculaires en complet désaccord avec la chronologie de cette même Commission, particulièrement ceux du directeur du contreterrorisme Richard Clarke et du ministre des Transports Norman Mineta.

Réseau Voltaire : Une grande partie de La Route vers le Nouveau Désordre Mondial — un ouvrage vraiment très riche par le nombre et l’importance des sujets abordés — traite de la géopolitique du pétrole, de la drogue et de l’armement et la manière dont elle est menée par l’État profond des États-Unis en Asie centrale ainsi qu’au Moyen-Orient depuis la présidence Carter. Sachant que la « guerre contre le terrorisme » perdure et s’étend aujourd’hui dans plus d’une soixantaine de pays (principalement par le biais d’opérations secrètes), quels sont selon vous les véritables origines et objectifs de celle-ci ?

Peter Dale Scott : Au commencement de la « guerre contre le terrorisme », il était très clair que les conseillers stratégiques des deux partis, autant que les groupes de réflexion (think tanks) tels que le Council on Foreign Relations, étaient préoccupés par la nécessité qu’avaient selon eux les États-Unis de préserver leur domination historique sur les marchés pétroliers mondiaux. Ils produisirent des documents appuyant l’idée d’un accroissement de la force militaire des États-Unis dans la région du Golfe persique, ainsi que l’idée d’adopter des plans militaires destinés, en particulier, à s’occuper de Saddam Hussein. Aujourd’hui, la « guerre contre le terrorisme » a continué de s’étendre, alors que l’on nous dit que les militants salafistes se sont déplacés — comme il était prévisible — dans de nouvelles régions du monde, notamment en Somalie et au Yémen, afin de préparer leurs représailles. Donc la « guerre contre le terrorisme » est devenue un test pour l’actuelle doctrine stratégique des États-Unis visant à accomplir une « domination totale » [« Full-spectrum dominance »] telle qu’elle a été définie dans l’important rapport du Pentagone intitulé Joint Vision 2020, appelant alors à assurer « la capacité des forces US, opérant seules ou épaulées par des alliés, de battre n’importe quel ennemi et de contrôler n’importe quelle situation par le biais de la gamme d’opérations militaires [disponibles] ».

Depuis la Seconde Guerre mondiale, chacune de ces escalades a été conduite par un lobby de la Défense financé à l’origine par le complexe militaro-industriel, et à présent par une demi-douzaine de fondations de droite disposant de fonds illimités. Au fil du temps, leur personnel a migré d’un groupe à un autre — l’American Security Council, le Comité sur le Danger Présent, le Projet pour le Nouveau Siècle Américain et aujourd’hui le Center for Security Policy (CSP) [3] —. Mais leurs objectifs se sont élargis au fil des ans, de maximaliser la présence militaire états-unienne jusqu’à restreindre les libertés individuelles afin d’empêcher la résurgence de tout mouvement anti-guerre aux États-Unis. (Je traite de l’expansion de cette faction de la Défense dans mon livre le plus récent, American War Machine).

Cet ordre du jour embrasse de plus en plus le Maccarthysme, pour ne pas dire le fascisme. Un certain nombre de groupes sont en train de nourrir une hystérie islamophobe rappelant l’hystérie anticommuniste des années 1950, appelant à une guerre apparemment sans fin contre l’Islam. Par exemple le CSP a récemment publié un document intitulé Shariah, The Threat to America [4], proclamant que la sharia est « la menace totalitaire prééminente de notre époque », avec des mises en garde alarmistes au sujet d’un « jihad infiltré » et d’un « jihad démographique ».

Réseau Voltaire : Cette « guerre contre le terrorisme » – dont les véritables fondements et enjeux sont loin d’être explicités par les gouvernements des pays membres de l’OTAN – a été initiée en 2001 en Afghanistan. Dans cet État, de puissants chefs de guerre alliés aux États-Unis dans les années 1980 (lorsque les moudjahidines combattaient les troupes soviétiques) sont aujourd’hui des acteurs prééminents du conflit en « AfPak » (l’entité géopolitique qui regroupe l’Afghanistan et le Pakistan). Prenons l’exemple symbolique de Gulbuddin Hekmatyar : les opinions publiques des pays de l’OTAN ne semblent pas véritablement réaliser qui est M. Hekmatyar. Pouvez-vous nous renseigner à son sujet ? Selon vous, en quoi symbolise-t-il le danger que représente une politique étrangère US qui, par manque de contrôle législatif et de visibilité publique, a notamment mené à l’explosion du trafic de drogue global ?

Peter Dale Scott : Avec peu d’agents leur étant loyaux en Afghanistan, les États-Unis décidèrent de conduire leur Opération Cyclone antisoviétique à travers les ressources de l’Inter-Services Intelligence (ISI, les services secrets pakistanais). À son tour le Pakistan, craignant les revendications des authentiques nationalistes afghans sur ses propres territoires frontaliers, dirigea le volume d’aides venant des États-Unis et de l’Arabie saoudite à deux extrémistes jouissant d’une base de soutien très restreinte en Afghanistan : Abdul Rasul Sayyaf et Gulbuddin Hekmatyar. Ce dernier, un Pachtoune Ghilzai venant du nord non Pachtoune, fut initialement entraîné à la résistance violente sous la direction des Pakistanais ; et il aurait été le seul leader afghan à reconnaître explicitement la ligne Durand définissant la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Sayyaf autant qu’Hekmatyar compensèrent leur manque de soutien de la part des populations locales en cultivant et en exportant massivement des opiacés durant les années 1980, encore une fois avec le soutien de l’ISI. Pour cette même raison, ces deux hommes collaborèrent avec les moudjahidines étrangers — soit les ancêtres de ce qui est aujourd’hui appelé al-Qaïda — qui affluaient en Afghanistan à cette époque ; et Hekmatyar, en particulier, aurait développé une proche relation avec Oussama ben Laden. Cet afflux de fondamentalistes wahhabites et déobandis eut comme notable conséquence d’affaiblir la traditionnelle version soufie de l’islam local. Au cours de la campagne antisoviétique, les forces d’Hekmatyar tuèrent un certain nombre de personnes soutenant Ahmed Shah Massoud, la principale menace aux plans d’Hekmatyar — par ailleurs soutenus par l’ISI — de dominer l’Afghanistan postsoviétique. Après le retrait de ces derniers, la CIA — allant à l’encontre des recommandations du Département d’État — instrumentalisa également Hekmatyar afin d’empêcher la constitution d’un gouvernement de réconciliation nationale, ce qui mena à une guerre civile qui provoqua la mort de milliers de personnes au cours des années 1990. Depuis l’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001, Hekmatyar a dirigé sa propre faction de combattants pour obtenir un retrait des troupes de l’OTAN ; mais il serait plus ouvert que les Talibans ne le sont pour rejoindre un gouvernement de coalition dirigé par l’actuel président Hamid Karzaï. À Washington, d’importants officiels de la défense — tels que Michael Vickers — se réfèrent encore à l’Opération Cyclone comme étant « l’action clandestine la plus couronnée de succès » dans l’histoire de la CIA. Ils ne semblent pas être préoccupés par le fait que ce programme de la CIA a contribué à générer et à déchaîner al-Qaïda — la nouvelle justification postsoviétique pour les accroissements sans équivalent des budgets de défense — et à donner à l’Afghanistan son rôle actuel de principale source mondiale d’héroïne et de hachich.

Réseau Voltaire : En conclusion, au vu de la situation financière, économique, politique, sociale et même morale aux États-Unis comme dans de nombreux pays à travers le monde, êtes-vous confiant dans l’avenir ? Voyez-vous des signes encourageants d’une plus grande influence de ce que vous appelez la « volonté prévalente des peuples » dans la prise de décision politique – un processus qui est aujourd’hui plus oligarchique qu’il ne l’a jamais été ?

Peter Dale Scott : On dit que nous devrions voir chaque crise comme étant une opportunité. La crise des États-Unis, qui est également celle du monde, pourrait certainement être l’occasion de réformes de grande envergure des processus du capitalisme de marché qui ont engendré de tels écarts entre les très riches et les très pauvres. Malheureusement, ces processus ont également rendu les politiques traditionnelles et les méthodes de mobilisation encore plus inefficaces qu’elles ne l’étaient auparavant.

Dans mon livre, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, je défends le fait que des changements sociaux majeurs sont possibles lorsque l’oppression mène à la formation d’une opinion publique unie – ou de ce que j’appelle « la volonté prévalente des peuples » – en opposition à cette oppression. Je fais référence à des exemples tels que le mouvement des droits civiques dans le sud des États-Unis, ou le mouvement polonais Solidarnosc. Des développements technologiques tels que l’Internet ont plus que jamais rendu facile l’union des personnes, sur le plan national autant qu’international. Néanmoins, la technologie a également affiné les instruments autoritaires de surveillance et de répression, rendant la mobilisation activiste plus difficile qu’auparavant. Par conséquent, l’avenir est très incertain ; on pourrait dire que le système global actuel est plus instable qu’il ne l’a jamais été, et qu’il est possible qu’une forme d’épreuve de force puisse le changer.

Quoi qu’il en soit, je suis convaincu que nous vivons une période particulièrement stimulante. La jeunesse devrait continuer à se joindre comme elle l’a toujours fait à des mouvements aspirant au changement social, et à créer de nouveaux lieux propices à l’échange global. Et, par dessus tout, il n’y a aucune excuse pour le désespoir.

Réseau Voltaire : Nous vous remercions pour ces réponses éclairantes, Professeur Scott. Nous souhaitons que votre premier livre traduit en français connaisse auprès du public francophone le large succès qu’il mérite.

No de billet : 341-11-40-50-1

lundi 28 mars 2011

Le pouvoir militaro-industriel contre la démocratie

Je reproduis un excellent texte publié sur Vigile.net

Le pouvoir militaro-industriel contre la démocratie

www.legrandsoir.info
lundi 28

mars 2011


Thierry BRUGVIN - Le ministère de la défense est généralement le ministère de la guerre. Derrière les discours sur la sécurité nationale du pays, ou l’aide à la population d’une nation étrangère, ce sont généralement les intérêts de l’industrie nationale qui sont défendus. Parallèlement à la lutte entre transnationales, se déroule une lutte entre Etats. Il s’agit de conflits déclarés (guerre) ou secrets (tels la guerre froide). Ce qui est en jeu, c’est le nationalisme, c’est à dire la volonté de puissance de Nietzsche [1], au plan psychologique, politique ou économique, des dirigeants politiques, économiques et parfois même des peuples. Il existe différents mécanismes de nature souvent anti-démocratique, voir illégale, que nous allons tenter d’expliquer à présent.

La manipulation mentale renforce la domination sur autrui ou sur la société.

Castoriadis tient un discours radical sur les méthodes de manipulation et de ses acteurs. « il s’agit d’éradiquer, dans l’esprit et l’âme du patient, toute trace d’un penser et d’un vouloir propres (…). Son savoir peut évidemment comprendre aussi une certaine connaissance des processus psychiques profonds, comme l’a montré Bruno Bettelheim dans son analyse (...) du traitement des prisonniers dans les camps nazis : il s’agissait de briser l’image de soi du prisonnier, de démolir ses repères identificatoires. Avant Bettelheim et indépendamment de lui, Orwell avait vu cela clairement et profondément dans 1984 » [2].

Dans le même ordre d’idée, Naomi Klein, dans son livre la Stratégie du Choc (2008) [3], explique que l’armée américaine a mis au point des techniques de tortures fondées sur le choc psychologique, comme l’on montré notamment les procès concernant les détenus Abou Ghraïb en Irak ou de Guantanomo Bay au large de Cuba. Ces méthodes consistent, par exemple, à réveiller les prisonniers en pleine nuit, à les frapper par surprise, à les torturer physiquement et mentalement. Cela va engendrer un état psychologique d’hébétude, de stupeur, d’insécurité, qui conduit alors les individus à être plus fragiles et à accepter plus facilement les suggestions ou injonctions.

Ces techniques s’inspirent des expérimentations techniques de contrôle mental des nazis, des expérimentations du Dr Cameron à l’institut de psychiatrie « Allan Memorial » dans les années 50, puis de la CIA durant les années 60, 70 (MK Ultra), visant au départ à faire avouer de force des prisonniers de guerre grâce à des chocs psychologiques et à des méthodes de régressions mentales. La CIA diffusa ses techniques dans les dictatures d’Amériques du Sud, tel que le Chili, afin de mieux contrôler et terroriser ses populations.

Naomi Klein explique, qu’au Canada, durant les années 50, dans le cadre du Projet Bluebird, au sein de l’institut Allan Memorial, le pavillon psychiatrique de l’Hôpital Royal Victoria, un docteur d’origine écossaise Ewen Cameron avait mis secrètement en place une technique dite de ’confrontation psychique’ du patient (généralement ayant des troubles mentaux), technique basée sur les électrochocs sur le corps, l’internement dans le noir, la soumission aux bruits et aux images entraînant la phobie générale de l’individu. Ewen Cameron croyait avec sa technique détruire les anciennes structures psychologiques du patient pour recréer un ’homme nouveau’, malléable mentalement grâce à son retour brutale à une infantilisation forcée. Les pratiques de Cameron furent dévoilées au cours des années 1970, lors de commissions d’enquêtes sur les services secrets des Etats-Unis. En 1988 un procès a été initié par 8 plaignants contre la CIA et le gouvernement canadien. Linda Macdonald, résidente de Vancouver, a été victime en 1963, des expériences du Dr Cameron. (Weinstein, 1990) [4]. En novembre 1992, le gouvernement canadien accepte de dédommager 8 canadiens, qui se sont partagé la somme de 750 000 $. Un document déclassifié de la CIA daté du 7 janvier 1953 décrit la création expérimentale d’une personnalité multiple chez deux filles de 19 ans. ’Ces sujets ont clairement démontré qu’elles peuvent passer d’un état entièrement éveillé à un profond état H [hypnotique] commandé par téléphone, en recevant de la matière écrite ou par l’utilisation de code, de signal ou de mots, et que le contrôle des hypnotisés peut être passé d’un individu à l’autre sans grande difficulté. Il a été également montré par expérimentation avec ces filles qu’elles peuvent agir comme messagers involontaires pour des buts informatifs’ (CIA,190684) [5].

Un des domaines principaux étudiés par la CIA, crée en 1947, était le contrôle de l’esprit. Officiellement, il s’agissait de faire face à l’essor de techniques similaires par les soviétiques, les chinois et les nord-coréenne. La CIA a lancé son premier programme en 1950 sous le nom d’oiseau Bleu (Bluebird). Le programme MKUltra a officiellement commencé en 1953 et clôturé en 1964. En 1973, informé de futures investigations, le directeur de la CIA du moment, Richard Helms a ordonné la destruction de toutes les archives Mkultra (Helms, 1953) [6]. Néanmoins ils en ont oublié quelques-unes unes, tel un mémorandum, déclassifié, de Hermans, le directeur général de la CIA en 1963, qui explique que le programme Mkultra (Mental Kontrol Ultra) concernait des expériences sur des « concepts impliqués dans la manipulation du comportement s’avèrent être pour beaucoup de gens dans et hors de l’agence [CIA] déplaisants et contraires à l’éthique. Néanmoins, il y a eu des accomplissements majeurs à la fois en recherche et en usage opérationnel. Au cours des dix ans de vie du programme, beaucoup de voies additionnelles au contrôle du comportement humain ont été désignées sous la charte MKULTRA, y compris les radiations, les électrochocs et les substances de harcèlement. Certaines activités soulèvent des questions de légalité implicite dans la charte originale. Une phase finale des tests met en péril les droits et les intérêts des citoyens des USA » (Hermans, 1963) [7]. …

Naomi Klein, considère donc, que le néolibéral américain Milton Friedman s’inspire de ces pratiques. Dans l’introduction de son livre Capitalisme et Liberté, Friedman, préconise un « traitement de choc » pour faire accepter des réformes néolibérales et impopulaires. Seule une crise entière ou imaginaire peut entraîner un changement profond » (Friedman, 1971) [8]. Une crise peut prendre des formes multiples, crise économique, guerre, coup d’Etat, attentat terroriste, catastrophe naturelle ou industrielle…

Les intérêts des entreprises peuvent se cacher derrière les guerres locales et nationales.

Officiellement, le départ pour la guerre contre une nation adverse est toujours légitimé par des mobiles vertueux, de hautes valeurs morales : la défense de la liberté, de la démocratie, de la justice. Mais derrière ces nobles motifs, les véritables motivations sont parfois moins claires.

Les guerres permettent de contrôler économiquement un pays afin de permettre aux entrepreneurs privés d’une nation de s’accaparer les richesses (pétrole, uranium, minerais...) ou humaines du pays, Le Chili aura été terrain d’expérimentation des théories libérales de Milton Friedman consistant à mettre sous tutelle les pays producteurs de matière première (énergie, métaux, nourriture...) afin de garder la maîtrise de l’économie mondiale. Cela supposait de briser les gouvernements et l’économie de ce type de pays [9]. Ce pays, à aussi été l’occasion de mettre en pratique, « la stratégie du choc », imaginé par Milton Friedman et décrit par Naomi Klein.

De 1945 jusqu’en 1989 (la chute du mur de Berlin) la guerre froide a été un des causes importantes des conflits. Une majorité des conflits nationaux (Burkina Faso, Angola, Chili, Bolivie...) étaient renforcés, attisés ou créés par la lutte entre le camp occidental, contre le camp soviétique. Malgré le discours d’indépendance de la France envers les Etats-Unis, notre pays a soutenu régulièrement ce dernier, notamment en favorisant la diffusion de l’arme atomique au camp occidental (Israël, Afrique du Sud durant l’apartheid...) [10].

Le Partage amiable des zones d’influence fait aussi parti des instruments de contrôle. Durant, la guerre froide, un accord tacite entre les Etats-Unis et la France a permis à cette dernière d’exploiter et de contrôler l’Afrique francophone, tandis que les Etats Unis s’octroyaient l’Afrique anglophone et l’Amérique du Sud [11].

Financer chacun des deux camps offre l’opportunité de gagner à tous coups.

Cela peut se faire dans le cadre d’élection politique ou bien durant une guerre en finançant les armes des deux camps, Elf finançait les deux parties en conflit dans la guerre civile angolaise qui opposait depuis 1975 le gouvernement et un mouvement rebelle, l’UNITA [12].

Durant la guerre de sécession, de 1861 à 1865, aux Etats Unis, les banques Rothschild attisa le conflit. Entre 1860 et 1861, leur agent Georges Bickley fit pression en faveur des Etats Confédérés, tandis que deux autres de leurs agents, ’J.P. Morgan’ et d’’August Belmont’, soutenaient les camps opposés, les sudistes.

La banque Rothschild de Londres finança discrètement les Etats du Nord (Les confédérés).. et celle de Paris finança les Etats du Sud. Cependant, après la guerre, en 1862 et 1863, le Président Lincoln, qui avait compris leur manœuvre, refusa, de rembourser les intérêts à la banque Rothschild. En représailles, Lincoln, fut assassiné le 14 avril 1865, par John Wilkes Booth, sur l’ordre des Rothschild.

Le fait d’entretenir la guerre entre deux camps en leur vendant à chacun des armes, pour les diviser et les affaiblir, va permettre au financeur de s’enrichir et d’asseoir son pouvoir, comme l’a fait notamment la France durant la guerre Iran-Irak [13]. Le procédé est classique et peut se résumer ainsi.

- Attiser les conflits discrètement en s’appuyant sur ses propres agents, qui ne révèlent pas pour qui ils travaillent.

- S’enrichir par la vente d’arme

- Passer pour le sauveur vis à vis du camp des vainqueurs et s’en faire un nouvel allié, utile pour ses futurs profits économiques.

La guerre extérieure vers un Etat étranger visent généralement des objectifs géostratégiques

Les guerres ont parfois un motif économique et politique indirect. Lorsque les gains économiques ou politiques directs sont très faibles, alors les opérations humanitaires par les armées sont quasiment inexistantes. De très nombreux conflits et massacres des populations sont commis dans des dizaines de pays, sans même que l’opinion publique mondiale soit informée. Par exemple au Congo-Brazzaville, cette guerre a fait des centaines de milliers de morts et officiellement la France n’était pas présente et les médias n’ont quasiment pas fait part de cette guerre [14].

La France conserve une base militaire au Tchad qui est, lui aussi, situé au cœur de l’Afrique et qui permet d’accéder à de nombreux pays connexes, comme le Soudan (le pétrole du Darfour), le Cameroun (bois), la Centrafrique... En 2008, durant la tentative de coup d’Etat, elle a donc soutenu militairement le dictateur Idriss Déby, afin de conserver notamment cette situation.

S’il n’y a pas de motif économique, il est rare qu’il n’y ait pas un motif politique. Soutenir un pays, c’est aussi s’assurer un allié supplémentaire dans les organisations internationales, son vote à l’Assemblée générale de l’ONU et dans d’autres de ses agences. De plus les guerres et le développement du terrorisme permet aux puissances militaires dominantes (USA, OTAN, France...) de pénétrer des zones et de s’y installer durablement, afin d’y consolider leur influence et leur maîtrise.

Créer une fausse révolte populaire nationale peut permettre de cacher un coup d’Etat par un gouvernement étranger.

En prenant l’aspect d’une rébellion classique, les mercenaires jettent le doute sur la légitimité de tel ou tel gouvernement et introduisent l’idée que le régime est précaire et n’a pas le soutien de toute la population et donc doit être condamné. Cela contraint donc le gouvernement à entrer en conflit et il devient alors l’agresseur aux yeux de la communauté internationale.

De nombreux, putschistes et mercenaires sont financés par un Etat ou une entreprise étrangère, afin de servir leurs intérêts. Ainsi si le coup d’Etat réussit, ces derniers seront proches d’un pouvoir qui servira leurs projets économiques ou politiques. Si le coup d’Etat échoue, compte tenu du fait qu’ils ne sont pas les acteurs de ce coup de force, ils ont peu de chance d’être inquiétés.

Lorsqu’un Etat A ne sert pas ou plus les intérêts des entreprises d’un Etat B, le gouvernement de ce dernier use parfois du coup d’Etat pour placer de nouveaux dirigeants au pouvoir, qui seront plus à même de servir leurs intérêts.

Le plus célèbre dirigeant des escadrons de la mort en Bolivie fut Klaus Barbie avec sa milice los novios de la muerte qui sévit pendant les années 1970. Elle fut financée par la CIA et les narcotrafiquants boliviens et prendra part au coup d’Etat qui installe le gouvernement de Luis Arce-Gomez avec une répression qui fera 25000 disparus [15]. Les Etats Unis firent de même au Chili contre Salvador Allende pour y placer le Général Pinochet. Le 11 sept 1973 au Chili : un coup d’Etat militaire aura été le début de la conquête Etats-uniennes, néo-libérale, impérialiste et militaire, de l’Amérique latine, puis du monde. La CIA a ainsi été l’instigatrice, d’autres coups d’Etats (Argentine, Brésil, Uruguay..) visant à placer au pouvoir des dirigeants d’extrême droite bénéfiques aux intérêts états-uniens [16].

La guerre accroît les dépenses de l’Etat et les profits des entreprises.

Elle permet la prédation des richesses d’un autre Etat, d’une autre région ou d’une autre ethnie. Le génocide des juifs a permis au régime nazi de s’accaparer les richesses des familles déportées. La guerre des Etats-Unis contre l’Irak a accru les bénéfices de l’industrie privée d’armement des Etats-Unis notamment. Le financement des deux camps de la guerre civile par Elf au Congo-Brazzaville, en Angola, a accru les profits de marchands d’armes (tel Falcone) [17].La vente d’arme par la France et les Etats Unis notamment aussi bien à l’Iran qu’à l’Irak, durant leur longue guerre, a permis aux vendeurs d’armes de s’enrichir. De manière générale, l’extension des conflits dans le monde profite aux vendeurs d’armes. Ainsi, la carrière politique de Jacques Chirac a été lancée par le marchand d’armes Marcel Dassault [18].

Les milices privées permettent notamment de faire la guerre par procuration.

Lorsqu’une armée ne veut pas faire la guerre directement, elle peut s’appuyer sur différents moyens. En faisant appel à des milices privées, ou des mercenaires, l’armée officielle ne peut être tenue pour responsable des actes illégaux commis [19]. Les armées privées (appelées ’sous-traitants’ par le Pentagone) représentent 10% des effectifs américains envoyés en Irak. En France, pour les projets liés à la France Afrique, on privatise temporairement des membres de l’armée ou des services secrets, afin de dégager notre pays de ses responsabilités. En louant les services d’armées privées, les états n’auront plus besoin d’entretenir en permanence une armée nationale dont l’utilisation effective n’est que ponctuelle. Avec la croissance de l’insécurité se banalise l’existence de polices et milices privées, pour les résidences ou les quartiers les plus riches. Le développement de l’économie libérale contribue à présenter l’idée d’armées privées comme un moyen de diminuer le coût des armées tout en améliorant leur efficacité. Cela permettra aussi aux grandes multinationales (Total, Shell...) de défendre directement leurs intérêts dans le monde.

Le financement des services secrets s’avère parfois illégal, même dans les Etats de droit.

Les services secrets français et états-uniens notamment, souhaitent souvent disposer de budget plus conséquent. Or, les gouvernements et les parlements ne sont pas toujours disposés à répondre à leur requête. De plus, certaines actions, du fait qu’elles sont classées « secret défense » (de manière légitime ou non) peuvent difficilement être rendues publiques et défendues auprès des parlementaires.

Le secret de la raison d’Etat est la boite de Pandore contre la transparence démocratique. Au-delà du financement des services secrets, les Etats, sous le motif de la raison d’Etat, classent « top secret » certaines affaires. Le fait qu’il faille parfois, pour des raisons de défense nationale invoquer le « secret d’Etat », engendre un biais très préjudiciable dans la transparence de la démocratie. Si au départ, les motifs sont légitimes, ensuite, la pratique se développe et les élus, ou les administrateurs de l’Etat utilisent le motif de la raison d’Etat pour dissimuler des éléments dont leurs citoyens devraient légitimement être informés. En 1989, par exemple, sous les motifs officiels de ne pas inquiéter la population, les français n’ont pas été informés à temps des retombées du nuage radioactif de Tchernobyl. En réalité, on peut supposer que le lobby militaro-industriel du nucléaire n’avait pas intérêt à laisser se développer une psychose autour du danger des centrales nucléaires.

’Retourner’ les opposants ou les assassiner permet aux Etats de briser les contre-pouvoirs.

Une pratique fréquente dans les dictatures, mais qui existe aussi dans les pays dits démocratiques consiste à ’retourner’ les opposants ou à les assassiner. Thomas Sankara, que l’on qualifie parfois de Che africain, était un grand espoir pour un renouveau socialiste en Afrique. Il est officiellement décédé de mort naturelle. Or, il fut assassiné le 15 octobre 1987, de 12 balles, dont deux dans la tête par des hommes au service de Brice Compaoré, son frère adoptif [20]. Les plus importants services secrets mondiaux, les anglais, Mossad (Israël), CIA (Usa), DGSE (France), KGB (Urss) et les services de renseignements du Vatican, étaient présents sur le sol burkinabé, afin de veiller à la bonne marche de leurs intérêts. Ce fut pour des raisons relativement proches qu’au Congo Belge, Patrice Lumumba, a été assassiné, le 17 janvier 1961, afin de briser un mouvement socialiste qui risquait de se propager à toute l’Afrique [21].

Utiliser la dette des Etats donne l’occasion d’opprimer une population (dettes d’oppression).

« Les dettes d’oppression résultent de prêts contractés pour financer des activités humiliantes, agressives criminelles contre la population qui s’est endettée. Il s’agit par exemple de prêts utilisés pour installer de facto, maintenir ou renforcer un régime dictatorial ou répressif, de fonds destinés à l’achat d’armes pour réprimer des soulèvements de l’opposition, de fonds destinés à la construction ou à l’intendance de centre de détention et de tortures ou de camps de concentration, de fonds destinés à la formation ou à l’entretien de corps militaires spécialisés entrainés à ces fins, etc. » [22].

Par exemple en Afrique du Sud à Sharpeville, en 1960, les forces de police ont réprimé une manifestation, ce qui se solda par 69 personnes noires mortes, 400 blessés et 11727 arrestations (Ramos, 2008, 81). L’année de la célèbre répression contre la manifestation étudiante de Soweto en 1976 qui fit 200 morts, le FMI, appuyé par la Grande Bretagne et les Etats-Unis, fit un prêt de 464 millions de $, soit l’équivalent des ses dépenses d’équipement militaire durant cette année la [23].

L’Afrique du Sud, entre 1948 et 1991, a ainsi, mené une politique d’apartheid, c’est-à-dire qu’elle prônait la suprématie de la race blanche et exerçait sa domination et sa répression sur la population non blanche. Entre 1980 et 1993, on a calculé que les bénéfices légués aux entreprises étrangères qui ont commercé avec ce régime, notamment pour réprimer la population, s’élève à 41 milliards de $ [24].

Parfois les banques n’hésitent pas à financer illégalement la répression des populations et le soutien aux dictateurs.

Bien que dès 1973, les Nations Unis aient qualifié l’apartheid, de crime contre l’humanité, la communauté financière a continué à concéder des prêts au gouvernement sud-africain. C’est majoritairement les fonds publiques, mais par l’aide bilatérale qui ont financé l’Afrique du Sud, en 1993, l’Afrique du Sud devaient 90% de ses aides extérieures à long terme à quatre pays : Etats-Unis, la France, l’Allemagne et la Suisse. « Durant toute la période d’apartheid, au moins 30 grandes banques et 230 de moindre envergure furent engagées pour financement du régime » [25]. Cette aide financière était réalisée en parallèle au soutien des Etats-Unis, via la France, à la création de la bombe nucléaire sud africaine.

L’appui des banques fit l’objet de plaintes, notamment à New York, par les victimes de ce régime d’apartheid, en 2002, par l’apartheid Kumlumani Support Group. La plainte portait contre 21 banques et entreprises étrangères. Parmi ces banques on compte Barclay National Bank, Crédit Suisse, Deutsche Bank AG, Ford, J.P Morgan Chase (Bank) et parmi les entreprises BP, Chevron Texaco, Shell, et Total Fina-Elf pour la France. Une autre plainte avait été déposée pour le même motif, dès 1992, par d’autres victimes. Les banques soutiennent souvent les marchands d’armes, les guerres et la dette de guerre. « Les dettes de guerre considérées comme illégitimes dérivent de prêts qui ont financé des plans belliqueux à des fins impérialistes (étendre la domination d’un pays sur un autre par la force) » à des fins d’annexion ou de conquête d’un pays, par le moyen d’opération de guerre [26].

Ce sont autant les raisons politico-idéologiques que les causes économiques et militaires qui peuvent expliquer les dérives des pouvoirs et les inégalités actuelles mondiales. En particulier, le pouvoir politique exercé par les propriétaires des biens économiques (finance et moyens de production), (les capitalistes) domine largement le pouvoir politique des dirigeants des pouvoirs publics. L’on assiste à une confrontation permanente de la gouvernance militaire, mais aussi économique, financière, idéologique, et celle des pouvoirs publics (nationaux et internationaux).

La dimension illégale vient donc renforcer les carences de la gouvernance non-démocratique, mais reste finalement secondaire au plan quantitatif, même si elle semble largement sous-estimée. Un délit, même petit et rare, commis par un élu du peuple devrait faire réagir les citoyens et les médias. Or, bien qu’en France, les élus arborent fièrement l’étendard de la démocratie, de l’Etat de droit, ces types d’exaction sont souvent passés sous silence. Lorsque ce n’est pas le cas, les médias ou l’opinion publique, considèrent alors trop souvent la faute comme vénielle.

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Thierry Brugvin

sociologue et auteur de plusieurs articles et ouvrages notamment « Les mécanismes illégaux du pouvoir, thebookedition, 2010. »

[1] NIETZSCHE Friedrich, 1976, L’Antéchrist (fragment 6) in Fragments Posthumes, Gallimard.

[2] CASTORIADIS Cornelius, Psychanalyse et politique, Passant n°34 [avril 2001 - mai 2001].

[3] KLEIN Naomi, 2008, La stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud.

[4] WEINSTEIN, H. Psychiatry and the CIA : Victims of Mind Control. Washington, DC : American Psychiatric Press, 1990.

[5] CIA MORIID 190684, pp. 1-4. C’est un document déclassifié de la CIA traitant du contrôle de l’esprit. Pour vérifier la déclaration dans le texte, faites une demande FOIA (Loi de la liberté de l’information) ou, pour un accès gratuit et illimité de ces documents, consultez Black Vault, Government Archive :http://www.bvalphaserver.com/conten... . Aller directement au document CIA cité, pour la page 1 :http://www.blackvault.com/documents... Pour la page 4 : http://www.blackvault.com/documents...

[6] HELMS Richard, 3 avril 1953, Mémorandum au directeur général de la CIA, sur les programmes de recherche extrêmement sensible.http://www.blackvault.com/documents...

[7] HERMANS J. K., Inspecteur Général de la CIA, 26 Juillet 1963, MÉMORANDUM POUR : Directeur de Central Intelligence. http://www.bvalphaserver.com/conten... . Allez directement audocument CIA cité : pour la page 2 :http://www.blackvault.com/documents...

[8] FRIEDMAN Milton, Capitalisme et Liberté, Laffont, (1962),1971.

[9] PETRAS, 2001, p.114, op. cit.

[10] LORENTZ Dominique, Affaires atomiques, Les arènes, 2001.

[11] VERSCHAVE François-Xavier, Noir Chirac, Les arènes, 2003.

[12] GLOBAL WITNESS, 2003, Les Affaires sous la guerre. Armes, pétrole & argent sale en Angola, par Global Witness, Dossier noir n° 18, Agone, 240 p.

[13] VERSCHAVE, 2003, op., cit.

[14] VERSCHAVE, 2001, op., cit.

[15] LEVINE Michaël, KAVANAU Laura, 1996, Blancs comme neige, La drôle de guerre de la cocaïne, Dagorno,.

[16] PETRAS James, VELMEYER Henry, 2001, La face cachée de la mondialisation, L’Impérialisme au XXIe siècle, Parangon, p. 114.

[17] VERSCHAVE François Xavier, 2001, L’envers de la dette, Agone.

[18] VERSCHAVE, 2003, op., cit.

[19] RENOU Xavier, La privatisation de la violence, Dossier noir n° 21, Agone, 2005

[20] AFRIQUE EDUCATION, ’La fin de Sankara’, bimensuel international , juin 2007.

[21] BRAECKMAN Collette, 2002, Lumumba un crime d’Etat, Eden.

[22] RAMOS Laura, « Dette illégitime en fonction de la destination des fonds », in CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), Les crimes de la dettes, Syllepse, CADTM, 2008, p.79.

[23] RUDIN Jeff, 2003, “Odious debt revisited” in Jubilee South Journal V1, n°1.

[24] RUDIN Jeff, 2003, Op.Cit.

[25] RAMOS, 2008, p. 82-83, Op. Cit.

[26] RAMOS, 2008, p. 84, Op. Cit.

Source
http://www.legrandsoir.info/Le-pouvoir-militaro-industriel-contre-la-democra (...)

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