mercredi 11 mars 2015
mercredi 4 mars 2015
mercredi 25 février 2015
Le Canada impliqué dans un coup d’état raté au Vénézuela????
Je reproduis ici un billet super intéressant publier sur le site Voltaire.net écrit par Thierry Meyssan
J’aimerais aussi attiré votre attention sur la technique d’infiltration via les gangs de rue payés afin de provoquer des émeutes planifiées.
Qyestion: Ca vous rappelle pas Drummondville et le PLQ?
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LES ÉTATS-UNIS, L’ALLEMAGNE, LE CANADA, ISRAËL ET LE ROYAUME-UNI LANCENT L’« OPÉRATION JÉRICHO »
Obama rate son coup d’État au Venezuela
par Thierry Meyssan
Une nouvelle fois, l’administration Obama a tenté de changer par la force un régime politique qui lui résiste. Le 12 février, un avion d’Academi (ex-Blackwater) maquillé en aéronef de l’armée vénézuélienne devait bombarder le palais présidentiel et tuer le président Nicolas Maduro. Les comploteurs avaient prévu de placer au pouvoir l’ex-députée María Corina Machado et de la faire immédiatement acclamer par d’anciens présidents latino-américains.
RÉSEAU VOLTAIRE INTERNATIONAL | DAMAS (SYRIE) | 23 FÉVRIER 2015
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- Le président Obama avec son conseiller pour l’Amérique latine, Ricardo Zuñiga, et la conseillère nationale de sécurité, Susan Rice.
- © Maison-Blanche
Le président Obama avait prévenu. Dans sa nouvelle doctrine de Défense (National Security Strategy), il écrivait : « Nous nous tenons aux côtés des citoyens dont le plein exercice de la démocratie est en danger, tel que les Vénézuéliens ». Or, le Venezuela étant, depuis l’adoption de la constitution de 1999, l’un des États les plus démocratiques au monde, cette phrase laissait présager du pire pour l’empêcher de poursuivre dans sa voie d’indépendance et de redistribution des richesses.
C’était le 6 février 2015. Washington terminait de mettre au point le renversement des institutions démocratiques du Venezuela. Le coup d’État avait été planifié pour le 12 février.
L’« Opération Jéricho » était supervisée par le Conseil national de sécurité (NSC), sous l’autorité de Ricardo Zuñiga. Ce « diplomate » est le petit fils du président homonyme du Parti national du Honduras qui organisa les putschs de 1963 et de 1972 en faveur du général López Arellano. Il dirigea la station de la CIA à La Havane (2009-11) où il recruta des agents et les finança pour former l’opposition à Fidel Castro tout en négociant la reprise des relations diplomatiques avec Cuba (finalement conclue en 2014).
Comme toujours dans ce type d’opération, Washington veille à ne pas paraître impliqué dans les évènements qu’il dirige. La CIA agit au travers d’organisations prétendument non-gouvernementales pour organiser les putschistes : la National Endowment for Democracy et ses deux pseudopodes de droite (International Republican Institute) et de gauche (National Democratic Institute), Freddom House, et l’International Center for Non-Profit Law. En outre, les États-Unis sollicitent toujours leurs alliés pour sous-traiter certaines parties du coup, en l’occurrence au moins l’Allemagne (chargée de la protection des ressortissants de l’Otan durant le coup), le Canada (chargé de contrôler l’aéroport international civil de Caracas), Israël (chargé des assassinats de personnalités chavistes) et le Royaume-uni (chargé de la propagande des putschistes). Enfin, ils mobilisent leurs réseaux politiques qui se tiennent prêts à reconnaitre les putschistes : à Washington le sénateur Marco Rubio, au Chili l’ancien président Sebastián Piñera, en Colombie les anciens présidents Álvaro Uribe Vélez et Andrés Pastrana, au Mexique les anciens présidents Felipe Calderón et Vicente Fox, en Espagne l’ancien président du gouvernement José María Aznar.
Pour justifier du putsch, la Maison-Blanche avait encouragé de grandes sociétés vénézuéliennes à entreposer plutôt qu’à distribuer des marchandises de première nécessité. L’idée était de provoquer des files d’attente devant des commerces, puis d’infiltrer des agents dans la foule pour provoquer des émeutes. En réalité, s’il y a bien eu des problèmes d’approvisionnement en janvier-février et des queues devant des magasins, jamais les Vénézuéliens n’attaquèrent de commerces.
Pour renforcer son action économique, le président Obama avait signé, le 18 décembre 2014, une loi imposant de nouvelles sanctions contre le Venezuela et plusieurs de ses dirigeants. Officiellement, il s’agissait de sanctionner les personnalités ayant réprimé les protestations estudiantines. En réalité, depuis le début de l’année, Washington payait un salaire —quatre fois supérieur au revenu moyen— à des gangs pour qu’ils attaquent les forces de l’ordre. Les pseudos-étudiants avaient ainsi tué 43 personnes en quelques mois et semaient la terreur dans les rues de la capitale.
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- Ancien numéro 2 de l’Isaf en Afghanistan, le général Thomas W. Geary est aujourd’hui chargé du Renseignement au SouthCom.
L’action militaire était supervisée par le général Thomas W. Geary, depuis le SouthCom à Miami, et Rebecca Chavez, depuis le Pentagone, et sous-traitée à l’armée privée Academi (ex-Blackwater) ; une société désormais administrée par l’amiral Bobby R. Inman (ancien patron de la NSA) et John Ashcroft (l’ancien Attorney General de l’administration Bush). Un Super Tucano, immatriculé N314TG, acheté par la firme de Virginie en 2008 pour assassiner Raul Reyes, le n°2 des Farc de Colombie, devait être maquillé en avion de l’armée vénézuélienne. Il devait bombarder le palais présidentiel de Miraflores et d’autres cibles parmi une douzaine pré-déterminée, comprenant le ministère de la Défense, la direction du Renseignement et la chaîne de télévision de l’ALBA, TeleSur. L’avion étant stationné en Colombie, le QG opérationnel de « Jéricho » avait été installé à l’ambassade des États-Unis à Bogota avec la participation de l’ambassadeur Kevin Whitaker et de son adjoint Benjamin Ziff.
Quelques officiers supérieurs, en active ou à la retraite, avaient enregistré à l’avance un message à la Nation dans lequel ils annonçaient avoir pris le pouvoir afin de rétablir l’ordre. Il était prévu qu’ils souscrivent au plan de transition, publié le 12 février au matin par El Nacional et rédigé par le département d’État US. Un nouveau gouvernement aurait été formé, conduit pas l’ancienne députée María Corina Machado.
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- Le coup d’État devait placer au pouvoir María Corina Machado. Le 26 janvier, elle recevait à Caracas ses principaux complices étrangers.
María Corina Machado fut la président de Súmate, l’association qui organisa et perdit le référendum révocatoire contre Hugo Chávez Frias, en 2004, déjà avec l’argent de la National Endowment for Democracy (NED) et les services du publicitaire français Jacques Séguéla. Malgré sa défaite, elle fut reçue avec les honneurs par le président George W. Bush, dans le Bureau ovale, le 31 mai 2005. Élue représentante de l’État de Miranda en 2011, elle était soudain apparue, le 21 mars 2014 comme chef de la délégation du Panama à l’Organisation des États américains (OEA). Elle avait immédiatement été démise de ses fonctions de député pour violation des articles 149 et 191 de la Constitution.
Pour faciliter la coordination du coup, María Corina Machado organisa à Caracas, le 26 janvier, un colloque, « Pouvoir citoyen et Démocratie aujourd’hui », auquel participèrent la plupart des personnalités vénézuéliennes et étrangères impliquées.
Pas de chance, le Renseignement militaire vénézuélien surveillait des personnalités soupçonnées d’avoir fomenté un précédent complot visant à assassiner le président Maduro. En mai dernier, le procureur de Caracas avait accusé María Corina Machado, le gouverneur Henrique Salas Römer, l’ancien diplomate Diego Arria, l’avocat Gustavo Tarre Birceño, le banquier Eligio Cedeño et l’homme d’affaire Pedro M. Burelli, mais ils récusèrent les e-mails, prétendant qu’ils avaient été falsifiés par le Renseignement militaire. Bien sûr, ils étaient tous de mèche.
En pistant ces conspirateurs, le Renseignement militaire découvrit l’« Opération Jéricho ». Dans la nuit du 11 février, les principaux leaders du complot et un agent du Mossad étaient arrêtés et la sécurité aérienne renforcée. D’autres étaient récupérés le 12. Le 20, des aveux obtenus permirent d’arrêter un complice, le maire de Caracas, Antonio Ledezma.
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- Le maire de Caracas, Antonio Ledezma, était l’agent de liaison avec Israël. Il s’était rendu secrétement à Tel-Aviv, le 18 mai 2012 pour y rencontrer Benjamin Netanyahu et Avigdor Lieberman. Il représentait le chef de l’opposition vénézuélienne, Henrique Capriles Radonski.
Le président Nicolas Maduro intervenait immédiatement à la télévision pour dénoncer les conspirateurs [1]. Tandis qu’à Washington, la porte-parole du département d’État faisait rire les journalistes qui se souvenaient du coup organisé par Obama au Honduras en 2009 —pour l’Amérique latine—, ou plus récemment de la tentative de coup en Macédoine, en janvier 2015 —pour le reste du monde—, en déclarant : « Ces accusations, comme toutes les précédentes, sont ridicules. C’est une question de politique de longue date, les États-Unis ne soutiennent pas les transitions politiques par des moyens non constitutionnels. Les transitions politiques doivent être démocratiques, constitutionnelles, pacifiques et légales. Nous avons vu à plusieurs reprises que le gouvernement vénézuélien tente de détourner l’attention de ses propres actions en accusant les États-Unis ou d’autres membres de la communauté internationale pour les événements à l’intérieur du Venezuela. Ces efforts reflètent un manque de sérieux de la part du gouvernement du Venezuela pour faire face à la grave situation à laquelle il est confronté. »
Pour les Vénézuéliens, ce coup d’État manqué pose une grave question : comment faire vivre la démocratie, si les principaux leaders de l’opposition se retrouvent en prison pour les crimes qu’ils s’apprêtaient à commettre contre la démocratie ?
Pour ceux qui pensent, à tort, que les États-Unis ont changé, qu’ils ne sont plus une puissance impérialiste et qu’ils défendent désormais la démocratie dans le monde, l’« Opération Jéricho » est un sujet de réflexion inépuisable.
Les États-Unis contre le Venezuela
En 2002, les États-Unis avaient organisé un coup d’État contre le président élu Hugo Chávez Frias [2], puis ils assassinèrent le juge chargé de l’enquête, Danilo Anderson [3].
En 2007, ils tentèrent de changer le régime en organisant une « révolution colorée » avec des groupes trotskistes [4].
En 2014, ils semblèrent renoncer à leur objectif et soutinrent des groupes anarchistes pour vandaliser et déstabiliser le pays, c’est la Guarimba [5]. .
[1] « Denuncia de Nicolás Maduro sobre nueva intentona golpista en Venezuela », Red Voltaire, 12 de febrero de 2015.
[2] « Opération manquée au Venezuela », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 mai 2002.
[3] « Notre ami Danilo Anderson assassiné à Caracas », « La CIA derrière l’assassinat de Danilo Anderson ? », par Marcelo Larrea, Réseau Voltaire, 19 novembre et 1er décembre 2004. “FBI and CIA identified as helping Plan Venezuelan Prosecutor’s Murder”, by Alessandro Parma, Voltaire Network, 11 November 2005.
[4] « Venezuela : conclusion d’une année déterminante », par Romain Migus, Réseau Voltaire, 10 octobre 2008. Voir aussi la réponse Gene Sharp à nos accusations : « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.
[5] « États-Unis contre Venezuela : la Guerre froide devient chaude », par Nil Nikandrov, Traduction Roger Lagassé, Strategic Culture Foundation(Russie), Réseau Voltaire, 10 mars 2014. « Las “guarimbas” de Venezuela : derecha embozada », por Martín Esparza Flores, Contralínea (México), Red Voltaire , 28 de abril de 2014.
No de Billet: 9421-51-20-52-1
dimanche 4 janvier 2015
Les élites mondiales contrôlent tout?
Je reproduis ici l’excellent billet de l’économiste de réputation mondiale Paul Krugman paru sur le site internet de RTBF.be – Belgique
La planète à deux pôles
CHRONIQUES | vendredi 2 janvier 2015 à 21h42
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Paul Krugman
La chronique économique de Paul Krugman
En 2014, on a enfin accordé aux inégalités grandissantes l’attention qu’elles méritent, avec notamment l’ouvrage de Thomas Piketty, "Le capital au 21ème siècle", qui est devenu un best-seller, à la surprise générale (mais c’est mérité). Les suspects habituels sont toujours dans un déni bien payé mais pour tous les autres, il est désormais évident que cela fait depuis l’Age Doré que les revenus et les richesses n’ont pas été autant concentrés au sommet de la pyramide – et apparemment, la tendance n’est pas prête de s’inverser.
Mais c’est une histoire de développements au sein même des pays, et donc incomplète. Il faut vraiment ajouter une vision globale à l’analyse du genre de celle de Piketty, et lorsque vous l’aurez fait, je dirais que vous aurez une meilleure idée de ce qui est bon, mauvais et potentiellement vraiment horrible dans le monde dans lequel nous vivons.
Laissez-moi donc vous suggérer de jeter un œil à un tableau remarquable des revenus dans le monde, produit par Branko Milanovic du Graduate Center de la City University of New York (que je vais rejoindre cet été). Ce que montre Milanovic c’est que la croissance des revenus depuis la chute du mur de Berlin est une histoire à deux pôles. Bien entendu, les revenus ont flambé au sommet, puisque l’élite mondiale devient toujours plus riche. Mais les gains ont été également très importants pour ce que nous pourrions appeler la classe moyenne mondiale – qui est surtout constituée des classes moyennes montantes de Chine et d’Inde.
Et soyons clairs : la croissance des revenus dans les pays émergents améliore énormément le bien-être des gens, permet à des centaines de millions de personnes de sortir d’une pauvreté terrible et leur donne la chance de vivre une vie meilleure.
Passons maintenant aux mauvaises nouvelles : entre ces deux pôles – l’élite mondiale toujours plus riche et la classe moyenne chinoise qui progresse – l’on trouve ce que l’on pourrait appeler la vallée du désespoir : les revenus ont augmenté lentement, voire pas du tout, pour les gens autour du 20ème percentile de la distribution mondiale des revenus. Qui sont ces gens ?
En gros, les classes ouvrières des pays développés. Et bien que les chiffres de Milanovic n’aillent que jusqu’à 2008, l’on peut être sûr que ce groupe s’en sort encore plus mal depuis, dévastés par les effets d’un fort taux de chômage, la stagnation des salaires et par les politiques d’austérité.
De plus, les difficultés des ouvriers dans les pays riches sont essentiellement le revers de la médaille des gains de ceux qui sont au-dessus et en dessous d’eux. La concurrence des exportations des économies émergentes a sûrement été un facteur de la dépression des salaires dans les pays plus riches, bien que certainement pas une force dominante. Encore plus important, la flambée des revenus au sommet a été réalisée en grande partie en comprimant ceux situés au-dessous d’eux : en opérant des coupes de salaires, en sabrant dans les prestations sociales, en mettant à mal les syndicats et en utilisant une partie toujours plus importante des ressources nationales pour des magouilles financières.
Mais peut-être encore plus important, l’on trouve l’influence totalement disproportionnée qu’exercent les très riches sur la politique. Et les priorités des élites – ce souci obsessionnel des déficits budgétaires, avec le prétendu besoin de sabrer dans les programmes sociaux – ont beaucoup œuvré pour agrandir la vallée du désespoir.
Qui parle donc au nom des laissés pour compte de ce monde à deux pôles ? L’on aurait pu s’attendre à ce que les partis conventionnels de gauche se positionnent en faveur de leurs propres classes ouvrières. Mais ce que l’on a plutôt, ce sont les dirigeants allant de François Hollande en France, à Ed Milliband en Grande-Bretagne en passant par, et oui, Barack Obama c’est un murmure inaudible. (En fait, Obama a fait beaucoup pour aider la classe ouvrière américaine mais il est particulièrement mauvais pour faire sa propre promotion).
Je dirais que le problème de ces partis conventionnels, c’est qu’ils ont peur de défier les priorités des élites, notamment leur obsession avec les déficits budgétaires, de peur d’être considérés comme irresponsables. Et cela laisse la part belle aux dirigeants non conventionnels – certains réellement inquiétants – qui sont prêts à prendre en compte la colère et le désespoir des citoyens lambda.
Les gauchistes grecs, qui pourraient bien arriver au pouvoir à la fin du mois, sont probablement les moins effrayants de ce groupe, bien que leurs exigences quant à l’allègement de la dette et à la fin de l’austérité pourraient bien provoquer une impasse tendue avec Bruxelles. Cependant, partout ailleurs, l’on voit la montée des partis nationalistes anti immigration comme le Front National en France ou le U.K. Independence Party en Grande-Bretagne – et il y a des gens encore pire qui attendent dans les extrêmes.Tout ceci offre des analogies historiques pour le moins inconfortables. Souvenons-nous que c’est la seconde fois que nous avons une crise financière mondiale suivie par une crise mondiale prolongée. A l’époque, tout comme aujourd’hui, toute réponse efficace à la crise fut bloquée par les exigences des élites pour des budgets équilibrés et des monnaies stables. Et le résultat final fut de confier le pouvoir aux mains de gens qui étaient, dirons-nous, pas très sympas.
Je ne suis pas en train de dire que nous sommes sur le point de rejouer les années 1930. Mais je pense que les dirigeants politiques et les leaders d’opinion doivent
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faire face à la réalité qui est que
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notre système mondial actuel ne fonctionne pas pour tout le monde. Il est formidable pour les élites et il a fait beaucoup de bien aux pays émergents, mais la vallée du désespoir est bien réelle. Et des choses terribles vont se produire si l’on ne fait rien à ce sujet.
Paul Krugman
- Mots clés Technorati : paul krugman
mardi 2 décembre 2014
La lutte contre la drogue: Un échec total et mondial
Je reproduis ici un excellent article paru il y a plus d’un an sur le site: mondialisation.ca
La “Guerre contre les drogues” est un échec selon la directrice du Programme des Amériques
La remilitarisation de l’Amérique Centrale
Par Giorgio Trucchi
Mondialisation.ca, 01 novembre 2013
Région : Amérique latine & Caraïbe
Thème: Militarisation
La guerre contre les drogues est un échec” dit Laura Carlsen, directrice du Programme des Amériques. Le modèle de lutte contre le narcotrafic et le crime organisé impulsé par les États-Unis en Amérique Centrale non seulement a bruyamment échoué, mais en plus il a amené avec lui un approfondissement de la violence contre les populations locales et la remilitarisation du territoire mettant à découvert des intérêts occultes qui tendent à diriger et à intervenir dans les processus émancipateurs et unitaires de la région.
En partant de cette analyse, la politologue et directrice du Programme des Amériques du CPI (Centre pour la Politique Internationale) Laura Carlsen assure dans une conversation avec Opera Mundi que l’unique manière de combattre, et de mettre en déroute les activités liées aux narcotiques, est de promouvoir un modèle qui se construira depuis la base, avec la participation citoyenne et la recomposition du tissu social, détruit par les politiques néolibérales des ultimes décennies.
Quelles sont les caractéristiques du modèle de combat du narcotrafic impulsé par les Etats-Unis au Mexique et à présent exporté en Amérique Centrale ?
Laura Carlsen : C’est un modèle basé sur la militarisation du territoire et l’affrontement direct pour l’interdiction et la confiscation des drogues illégales, ainsi que pour la détention ou l’élimination des membres des cartels de la drogue. Cela, par définition, implique d’affronter la violence avec encore plus de violence et le résultat est une augmentation exponentielle du nombre des morts. Jusqu’ici on compte que le combat contre le narcotrafic et le crime organisé au Mexique a laissé un solde de plus de 6O OOO morts.
Quel est le bilan de ce modèle ?
Cela a été un échec total. Cela a généré de hauts indices de violence, n’a pas arrêté le flux de drogues illicites qui entrent aux EU et jusqu’à la détention des capos (chefs) de la drogue n’a pas mis un « frein » au commerce. Au contraire, leur capture a déchaîné une guerre entre les cartels pour assumer le contrôle de territoire, générant encore plus de violence.
L’administration du président Obama a-t-elle amené quelque changement ?
L’Initiative Merida fut initiée en octobre 2007 comme un plan d’une durée de trois ans. Ce que fit Obama se fut de lui donner de l’expansion, de l’intensifier et de l’étendre de manière indéfinie. Pour la première fois, les EU se sont mêlés directement de la gestion d’aspects liés à la sécurité nationale du Mexique. C’est un changement structurel très préoccupant, qui à présent est projeté sur l’Amérique Centrale au moyen de la CARSI (Initiative régionale de sécurité pour l’Amérique Latine. Un des premiers effets que nous observons est la remilitarisation de ces pays et une dynamique de violence croissante contre la population et d’augmentation des violations des droits humains.
Quel intérêt aurait les Etats-Unis à reproduire un modèle qui est un échec ?
Ce pays n’est pas prêt à analyser ni même le pourquoi de cet échec et il reçoit de fortes critiques, jusqu’à celles des gouvernements de la région. Pour nous, cette attitude révèle que derrière la militarisation, il y a des intérêts forts puissants.
De quels intérêts sommes-nous en train de parler ?
En premier lieu garantir les énormes bénéfices de l’industrie de la guerre » qui est radicalement majoritaire aux EU. Ce sont des milliers de millions de dollars qui entrent dans le pays à travers la vente d’armes et d’équipements militaires, l’emploi d’entreprises de sécurité comme les Blackwater et l’implantation de systèmes électroniques et d’espionnage de la population.
En second lieu, il y a un intérêt géopolitique, Les États-Unis veulent obtenir plus de contrôle sur les stratégies de sécurité internes des pays centraméricains, par-dessus tout, à présent que différents gouvernements progressistes ou de gauche se sont installés en Amérique Latine, des gouvernements qui ne partagent pas les politiques néolibérales et impulsent des processus innovateurs. En ce sens les EU cherchent à renforcer leur présence militaire pour affronter ce qu’ils considèrent comme une menace contre leur traditionnelle hégémonie dans la région.
Il y a également un grand intérêt pour les ressources naturelles de ces pays…
C’est un autre point directement lié à la militarisation et qui a un précèdent en Colombie où, avec le prétexte du Narcotrafic, plus de cinq millions de personnes ont été déplacées. Et le plus absurde c’est qu’à présent, le Département d’Etat nord-américain présente la Colombie comme un exemple de sécurité et un modèle qui doit s’exporter sur tout le continent sud-américain. Au Mexique, par exemple, à travers l’Initiative Merida. Les EU ont militarisé le TLCAN (Traité de libre-échange d’Amérique du Nord) pour sauvegarder leurs intérêts commerciaux et protéger l’investissement étasunien dans les ressources naturelles. Enfin, il s’agit de ceci : une militarisation qui non seulement protège les investissements étrangers, sinon qu’elle provoque un processus de déplacement massif et de dépopulation des régions où se trouvent les ressources naturelles.
Dans différents pays d’Amérique Centrale, les protestations sociales contre l’exploitation des ressources naturelles ont été criminalisées. Vous partagez cette préoccupation ?
Il n’y a aucun doute, la protestation sociale est réprimée, par-dessus tout, dans les pays du Triangle Nord. Il y a une criminalisation accompagnée d’une répression des organisations qui luttent contre l’industrie minière, les méga projets hydroélectriques et touristiques, l’expansion de monocultures à grande échelle. Nous devons approfondir l’analyse et les enquêtes pour obtenir les éléments suffisants qui nous aident à prévoir ce que vise cette répression.
Quel rôle joue la DEA (Drug Enforcement Administration) et le flux d’argent qui finance la lutte contre la drogue en Centramérique?
Nous avons essayé d’enquêter sur les flux d’argent qui alimentent la lutte contre le narcotrafic, mais ce fut extrêmement difficile à cause du manque de transparence. Dans certains pays, comme le Honduras et le Guatemala, les agents de la DEA sont autorisés à circuler armés et à tirer contre des civils, ce qui est absurde et représente une violation absolue de la souveraineté nationale et des droits humains internationaux. En plus, nous avons documentés les souffrances que cause la criminalisation des protestations et en particulier l’impact sur les femmes. Lamentablement cette situation choque par le total désintérêt montré par le Département d’Etat nord-américain.
Quels sont les impacts de cette politique sur les femmes ?
Il y a un indice élevé de harcèlements, tortures et violences sexuelles. Les femmes fréquemment prennent la direction des luttes de défense de leur communauté et de la protestation sociale contre le processus de militarisation et l’exploitation des ressources naturelles. Dans le cas du Honduras, cette situation coïncide avec l’augmentation de la violence qui trouve son origine dans le coup d’Etat et qui a augmenté avec le régime actuel de Porfirio Lobo.
Il faut également souligner la répression déployée contre l’opposition au coup d’état et l’usage d’une supposée lutte contre le narcotrafic pour réprimer l’opposition politique. Et tout cela au milieu d’une totale impunité. Au Honduras, les cas qui arrivent à une sentence judiciaire sont de moins de 2% et les plaintes pour corruption des institutions sont à l’ordre du jour.
La situation au Guatemala est également fort préoccupante. Les communautés, qui ont toujours en mémoire les horreurs de la campagne militaire génocidaire des années 80, voient que leurs territoires en reviennent à être militarisés et leurs gens réprimés
Alors comment combattre alors la narcoactivité et le crime organisé ?
Il n’y a pas une seule réponse, ni un modèle sûr, mais en tous cas, nous savons que la militarisation n’est pas la réponse. Il est important que cet autre modèle se construise à la base, avec la participation citoyenne et dans une perspective de sécurité qui ait comme premier objectif la sécurité de la personne et de sa vie.
En plus il faut se concentrer sur la récupération du tissu social, qui a été détruit par les politiques néolibérales. Il est nécessaire de le recomposer avec des programmes sociaux qui créent des emplois, garantissent le développement économique, la santé, l’éducation, le respect des droits humains. Il faut commencer par construire une société forte, pour qu’elle puisse résister aux infiltrations du crime organisé, à l’exclusion des jeunes et à l’extorsion.
En plus, il faut forcer la volonté politique pour que la justice se mette au service de la population mettant un terme à l’impunité et la corruption.
Article original en portugais : “Guerra contra as drogas” é um fracasso, diz diretora do Programa das Américas, Opera Mundi, publié le 29 septembre 2012.
Traduction française Anne Wolff
Ce reportage a été publié originellement en quatre parties dans le périodique brésilien Opera Mundi. La traduction espagnole a été réalisée par son auteur et publiée sur le blog Nicaragua y más.
Giorgio Trucchi est le correspondant pour l’Amérique centrale du Système d’Information de la Rel-UITA(SIREL). Il collabore également avec le périodique digital Opera Mundi et ALBA SUD, où il gère son blog Pueblos en Resistencia.
No de billet: 8021-41-21-20-1
samedi 22 novembre 2014
L’islande a des couilles: Des banquiers en prison
Je reproduis ici l’excellent billet publié sur le site internet “ Challenge”
Par Etienne Goetz
Pourquoi l’Islande met les banquiers en prison et pas les autres pays
Publié le 21-11-2014 à 18h36Mis à jour le 22-11-2014 à 09h17
Cette semaine, la justice islandaise a condamné l'ex-DG de ce qui fut la deuxième banque du pays à un an de prison. Et cette condamnation n'est pas une première. Explications...
Si l’Islande est aussi sévère à l’égard de ses banquiers, c’est notamment parce que la crise financière y a été d’une violence inouïe par rapport aux autres pays. (Andrew Drysdale / Rex F/REX/SIPA)
Imaginez le patron de la deuxième banque française condamné à 12 mois de prison dont trois ferme… Impossible en France, mais pas en Islande. C'est ce qui est arrivé ce mercredi à l'ancien directeur général de Landsbanki, la deuxième banque islandaise jusqu'à l'effondrement du secteur financier du pays en 2008.
Deux autres cadres de la banque ont été condamnés à de la prison pour avoir participé à la même magouille. Il leur est reproché d’avoir manipulé le cours de Bourse des actions de la banque. Les condamnations de banquiers ne sont pas rares en Islande. Des peines plus lourdes, de trois ans et demi à cinq ans et demi de prison, ont déjà été infligées en décembre 2013 à trois anciens dirigeants de Kaupthing, la première banque islandaise avant la crise.
Pourquoi donc l’Islande arrive à envoyer les patrons de banque en prison et pas les autres pays? Les banquiers islandais sont-ils plus malhonnêtes que les autres? Ou bien la justice islandaise est-elle particulièrement ferme? Rien de tout cela.
La crise a plongé le pays dans le chaos
Si ce petit pays est aussi sévère à l’égard de ses banquiers, c’est d’une part parce que la crise financière y a été d’une violence inouïe par rapport aux autres pays. Et d’autre part, parce que les Islandais ont fait de la crise un sujet politique.
"La crise a été beaucoup plus dramatique qu’ailleurs. En quelques jours seulement, le pays a plongé dans le chaos économique, rappelle l’économiste Paul Jorion, la monnaie a perdu plus de 30% de sa valeur, l’inflation à grimpé de 14%, la note de la dette du pays est passé de triple A à triple B, c’est-à-dire à la limite de la camelote".
Selon l'économiste, si la crise a été d’une telle violence, c’est parce que le secteur financier était démesuré. Le bilan cumulé des trois principales banques était 10 fois supérieur au PIB du pays. "Bien plus que le secteur bancaire belge ou luxembourgeois, note Paul Jorion, de fait la banque centrale était incapable d’intervenir au moment de la panique."
"La population réclamait des têtes"
Là-bas, le pouvoir a même dû faire face à des émeutes: "un moment historique pour l’Islande, explique Paul Jorion. La population réclamait des têtes."
La politisation de la crise financière, c’est l’argument essentiel selon Pascal Riché, ayant écrit une enquête sur la crise financière enIslande: "dès l’explosion du système, les Islandais ont pris la question à bras le corps, réfléchi à leur "contrat social", bref, politisé le sujet." Les Islandais ont entre autres nommé un procureur chargé de traquer les éventuels délits commis par les responsables.
"Cela dit, il ne faut pas trop exagérer les résultats de cette traque judiciaire: la justice n'a pas poursuivi les "responsables de la crise", mais les responsables de délits avérés", nuance Pascal Riché.
Les banquiers trichent plus que les autres
Libor, Forex, embargo… Depuis 2014, on observe une série de scandales dans le secteur bancaire. Presque tous les jours une banque doit s’acquitter d’une amende. Pourquoi autant de fraudes dans les banques? "C’est général depuis le XIXe siècle, explique Paul Jorion, dans la mesure où les banquiers ont un accès direct à l’argent, la fraude est considérée comme un accident industriel. Il règne une culture de la tolérance à la fraude dans le secteur".
Une étude publiée dans la revue Nature va dans le même sens: le secteur bancaire est gagné par une culture de la triche. Pour le démontrer, les chercheurs ont utilisé un jeu vieux comme la monnaie: pile ou face.
128 banquiers, issus d’une grande banque devaient effectuer plusieurs lancés et noter le résultat eux-même. Quand la pièce tombe sur face, le joueur gagne 20 dollars, côté pile rien du tout.
Avant de tester leur honnêteté, les banquiers ont été séparés en deux groupes. Le premier groupe a été a été placé en situation professionnelle en interrogeant les joueurs sur la nature de leur travail. Le second a été placé dans un contexte privé, en interrogeant les banquiers sur leurs loisirs.
Les banquiers interrogés sur leurs loisirs ont rapporté que la pièce était tombée côté face dans 51,6% des cas. En revanche les banquiers placés en situation professionnelle ont rapporté 58,2% de lancés gagnants. D’où la conclusion des chercheurs: les banquiers trichent non pas par nature, mais par culture. En d’autres termes, le conditionnement professionnel des banquiers les poussent à la triche.
Le même test a été fait avec des employés d’autres secteurs d’activité et aucune différence statistique notable n’a été observée entre les deux groupes.
NO de billet: 2021-41-11-22-1